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LE MARIAGE DE SAINTE CATHERINE

(N° 19 du Catalogue.)

Sainte Catherine, \ierge et martyre, vivait, à ce qu'on croit, à Alexandrie, au commencement du iv^ siècle, et subit le martyre sous MaximinDaïa vers 312. Elle avait une instruction au-dessus de son sexe et de son âge : à dix-huit ans, elle convertit plusieurs philosophes qui avaient été chargés par l'Empereur de la faire renoncer à sa foi. On croit que cette sainte s'appelait Dorothée et que le nom de Catherine (du mot syriaque kéthar^ couronne) lui fut donné parce qu'elle remporta, dit saint Jérôme, la triple couronne du martyre, de la virginité et de la science. La légende rapporte qu'ayant refusé d'épouser un jeune homme d'illuslre famille, mais attaché au paganisme, elle vit dans une extase la Vierge lui apparaître et la fiancer à son divin fils. C'est ce mariage mystique que le Corrége a représenté, et la sainte se reconnaît à la roue à demi rompue sur laquelle elle s'appuie.

La Vierge est assise; elle tient sur ses genoux l'enfant Jésus. Sainte Catherine présente à Jésus sa main droite, que la Vierge soutient avec complaisance. L'enfant s'est saisi du quatrième doigt de la sainte et se dispose à l'orner de l'anneau nuptial. Le personnage que l'on voit debout derrière sainte Catherine est saint Sébastien. La joie et l'attendrissement sont peints sur sa figure. Il tient dans ses mains quelques-unes des flèches dont il fut percé

il6 ANTONIO ALLEGRI, DIT LE CORRÉGE.

par ordre, dit-ou, de Dioclétien : il était l'un des favoris de cet empereur et le capitaine de ses gardes. Dans le fond du tableau et sur un plan plus élevé, le Corrége a esquissé le supplice de ce saint, et, plus loin, une jeune fille suppliante et poursuivie par un homme à cheval : on croit que c'est un épisode du martyre de sainte Catherine.

Vasari parle de ce chef-d'œuvre dans la vie de Girolamo Carpi : «Étaut arrivé dans cet endroit (Modène), il resta émerveillé à leur vue (des tableaux du Corrége); mais l'un d'eux surtout le frappa de stupéfaction ; ce fut ce grand tableau, ouvrage divin, qui représente la Vierge avec l'Enfant-Jésus épousant sainte Catherine, saint Sébastien, et d'autres figures avec des airs de tête si admirables qu'elles semblent faites dans le paradis. Il est impossible de voir de plus beaux cheveux, de plus belles mains et un coloris plus charmant, plus naturel. Ce tableau était en la possession du docteur Grilenzoni, grand ami du Corrége, et Girolamo, ayant obtenu la permission de le copier, s'acquitta de cette tâche avec tout le soin et toute l'habileté possible. » L'épithète de grande donnée à ce tableau par Vasari, si ce n'est point une inadvertance, ne s'applique pas évidemment à sa dimension, mais à sa valeur comme œuvre d'art.

Ce n'est point en effet l'un des plus grands ni des plus importants tableaux du Corrége. Le nombre des personnages, la grandeur de la composition, la beauté des accessoires, la magie de l'effet général placent le Saint-Jérôme^ la Nativité et plusieurs autres encore avant le Mariage de sainte Catherine. Mais, dans aucune de ces toiles célèbres, on ne pourra mieux comprendre toutes les beautés du Corrége, on ne pourra aussi bien goûter ce sentiment d'une grâce et d'une délicatesse infinies, qui est la fleur et la couronne de ses perfections . L'exécution de cette peinture est merveilleuse de finesse, d'éclat dans les chairs, et de transparence daus les ombres, mais l'expression des visages est vraiment céleste. L'amour profond, inépuisable et sans bornes de la Vierge mère rayonne dans ses traits d'une douceur attendrie, et sur le visage de la sainte, au sentimeut de la béatitude se mêlent toutes les adorations et toutes les pudeurs d'un cœur religieux et innocent.

LE MARIAGE DE SAINTE CATHEI\Ii\E.

U6RARY Of THE UNIVERSITY OF ILLINOIS

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