ANTIONO ALLEGRI, DIT LE CORRÉGE
avec un art plus parfait et la profondeur du sommeil et la fatigue qui l'a précédé et amené. L'expression du satyre est également admirable. A sa figure, à ses mouvements, à son geste, on reconnaît la crainte extrême qu'il ressent qu'Antiope ne se réveille et le plaisir que lui cause la vue de tant de charmes.
Le Corrége a répandu sur cette composition le charme incomparable dont il a le secret, u Nous y reconnaissons, » nous dit Émeric David (1), (d'art avec lequel ce grand maître peignait les chairs, et surtout celles des nymphes et des enfants, l'art, dans lequel il excellait particuhèrement, de donner à ses figures du rehef et de la vigueur, en plaçant le corps entier sous une large lumière; en mariant des tons clairs à des tons clairs, variés seulement par des demiteintes et des reflets, et en rejetant les ombres aux extrémités ou au delà même de la figure. Des reflets verdâtres animent les parties inférieures du corps de la nymphe ou de la déesse; la main droite, les bras, les épaules, participent aux teintes bleues de la draperie qui les porte en avant; les membres s'arrondissent, par cet artifice, sans que les tons qui les colorent perdent rien de leur fraîcheur voluptueuse. Les chairs de l'Amour sont tout à la fois plus brunes et plus rosées; ses ailes argentines paraissent jaspées de pourpre et d'or. Une draperie blanche, savamment placée entre les deux figures, en étendant la lumière, unit les différentes parties du groupe, et n'en forme qu'un tout. Les demi-teintes grisâtres de ce linge font valoir celles du nu, qui sont d'un ton plus vif. Tous les accessoires
contribuent à la chaleur et à la richesse du coloris Au miheu de
cette variété^ les tons sont si bien ménagés que les regards se dirigent d'eux-mêmes vers les parties supérieures de la figure principale, vers les bras, le sein, la tête, où réside le charme le plus puissant du tableau. » En terminant, le savant critique nous fait remarquer que le dessin est inférieur au coloris et renferme de nombreuses incorrections, mais, quelque graves qu'elles puissent être, la beauté de la couleur les fait pardonner.
(1) Peinture moderne, p. 52, librairie Renouard.