‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 56 sur 89 · PORTRAIT DE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JEUNE HOMME

(N° 88 du Catalogue.)

Le personnage, ici représenté, a la barbe rousse et fourchue, la tête nue et les cheveux courts, taillés à la malcontent; il est vêtu d'une robe noire, passée sur un pourpoint violet; la main gauche est placée sur la hanche, et la droite, appuyée sur le piédestal d'une colonne, tient un papier. On remarque sur la colonne un écusson portant: d'azur à trois têtes de pavot d'or, et on lit cette inscription : ANNo 1540 AETAïis 26. Cc blasou est répété sur la bague que porte le personnage avec l'addition de trois lettres m. v. b.

Ce portrait fut longtemps attribué au Tintoret et passait pour un des chefs-d'œuvre de ce peintre. On s'accorde maintenant à croire qu'il est de Jean Calcar qui, né dans le duché de Glèves, fit son éducation à Venise et prit, avec une fidéhté merveilleuse, la manière des peintres vénitiens. Élève du Titien, il arriva à l'imiter d'une façon si parfaite que ses peintures ne se distinguaient pas de celles de son maître. Les écrivains contemporains nous apprennent que souvent les tableaux et surtout les portraits de Calcar étaient vendus comme les ouvrages du Titien. Cette facihté d'imitation ne l'abandonna pas, quand plus tard il s'adonna à l'étude de Raphaël; il saisit son genre^ de façon à tromper les plus habiles connaisseurs de l'époque. Ce

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fut même cette faculté de s'assimiler le genre d'autrui qui Ta privé de la célébrité que son talent lui méritait, et qui fait que fort peu d'ouvrages portent son nom. Même à Naples, oii il vécut plusieurs années, où il mourut, on ne connaît aucun tableau de lui. Sans doute ses œuvres, un peu dispersées, se trouvent dans les galeries particulières ou publiques sous d'autres noms que le sien.

L'opinion qui attribuait ce portrait au Tintoret prouve sans doute en faveur delà peinture. Mais, comme nous le disions plus haut, ce tableau comptait parmi les chefs-d'œuvre de ce peintre : rien n'eût empêché de le donner à Tilien lui-même. 11 a été exécuté en effet dans la meilleure manière des maîtres vénitiens, il a de l'élégance, de la fierté, il est peint avec la tenue, la force et l'autorité de la belle école d'oii Calcar était sorti, et qui, pour ce genre de peinture, est sans rivale. Les développements du front, ce nez retroussé, la barbe rousse, l'œil inteUigent et ferme, le gonflement des tempes, les cheveux coupés court et droit, tout cela est rendu hbrement sans rudesse et finement sans fatigue. Les mains fines, élégantes, des mains de gentilhomme, sont dessinées a\ec bonheur; elles achèvent de caractériser le personnage et d'en faire ressortir la distinction.

On a cherché quel pouvait être l'original de ce portrait. M. Charles Blanc a cru reconnaître André Yésale. Il existe en effet une ressemblance suffisante entre la figure de ce tableau et le savant anatomiste, tel du moins qu'il fut gravé par Calcar lui-même dans le traité d'anatomie de y^^dX^ : De humani corporis fabricâ. Basilea^ 1543. Ce qui détruit malheureusement cette hypothèse, c'est que les armes de Yésale, d'après le Traité d^anatomie même, se composent de trois belettes, armes parlantes de l'auteur, car belette en flamand s'écrit wesel. Les trois pavots qu'on voit sur l'écusson attaché à la colonne pourraient à la rigueur passer pour des emblèmes professionnels et les armoiries d'une corporation, mais on a récemment découvert qu'ils forment celles d'une noble famille del Buono de Venise.

P O r. T U A I T DE J F, L \ F, H 0 M M E •

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