LE TRIOMPPIE DE TITUS ET DE VESPASIEN
(N° 293 du Catalogue.)
Après la conquête de la Judée, le sénat romain décerna les honneurs du triomphe à l'empereur Vespasien, et les mêmes honneurs à Titus. Chacun d'eux devait triompher séparément; mais, peu de temps après la prise de Jérusalem, Titus arriva inopinément à Rome, Vespasien voulut qu'il n'y eût qu'un triomphe, et il le partagea avec sou fils qu'il venait d'associer à l'Empire.
C'est ce double triomphe qu'a représenté Jules Romain. Le cadre étroit d'un tableau de chevalet ne lui permettait pas de déployer toute la pompe ordinaire à de tels sujets, et le peintre se borna à montrer le char triomphal au moment oii il va passer sous le monument dressé en commémoration de la prise de Jérusalem.
Les deux triomphateurs sont debout dans un clmV de forme antique, la tête couronnée de lauriers. Un officier romain pousse devant eux une femme qu'il tient, parles cheveux et qui personnifie la Judée captive. L'attitude et l'expression de cette femme peignent bien rabattement d'une province conquise et, pour qu'il n'y ait point de doute dans l'esprit du spectateur sur le sujet du triomphe, le cliandeher à sept branches, enlevé du temple des Hébreux, se laisse entrevoir derrière une colonne. Une Victoire ailée plane au-dessus
128 GlULIO PIPPI, DIT JULES ROMAIN-
des triomphateurs et tient deux couronnes suspendues sur leurs fronts.
Le fond de la composition représente la campagne romaine où peu de temps après fut élevé Famphitliéâtre Flavien, dit le Colisée, que Vespasien fit construire par les captifs hébreux.
Jules Romain prit l'idée de ce tableau d'un bas-relief qui décore l'arc de triomphe élevé, par le sénat et le peuple romain, au Campo Vaccino, en l'honneur de Titus. Il l'exécuta pour le duc de Mantoue.
Cette peinture, remarquable par son grand caractère, par la noblesse et l'austérilé de son style, nous montre un dessin pesant et une exécution lourde. Elle est d'une coloration rouge et peu agréable. Les chevaux, imités de l'antique, mais qui ne rappellent eu rien ceux de Phidias, ont une assez singuhère allure. On a remarqué qu'ils ont pris le pas qu'on appelle l'amble et qui ne convient ni aux chevaux de trait ni aux chevaux de race.
Le triomphe de Titus et de Vespasien était passé du palais des ducs de Mantoue dans la collection de Charles L' d'Angletei re. A la mort de ce prince, le banquier Jabacli en devint acquéreur et le vendit à Louis XIV.
VÉNUS ET VULGAIN
(No 294 du Catalogue.)
Vulcain, ce modèle des maris complaisants, qui, trahi mille fois, est toujours amoureux; Vulcain a forgé des arcs, des flèches, des carquois pour les Amours, si souvent complices des infidélités de Vénus. Assis à côté d'elle auprès du lit nuptial, il regarde en souriant le folâtre essaim essayer ses armes. L'un des enfants, chargé d'un carquois et ployant un arc de ses genoux et de ses mains, regarde la déesse et parait attendre qu'elle applaudisse à sa vigueur. Un autre présente à Vénus un papillon, emblème de l'âme; la déesse a déjà saisi le trait qui doit frapper cet être délicat, mais elle saura lui faire chérir sa douleur : de la main gauche elle prend des touffes de rose que des Amours portent dans une corbeille ; elle couvrira de fleurs les blessures les plus dangereuses.
Vulcain tient sur son épaule un faisceau de flèches, deux fois plus grandes et plus fortes que celles dont se jouent ces jeunes Amours. Quelle est donc la divinité à laquelle sont destinées ces armes terribles? Est-ce Apollon? Est-ce Diane ? Non. Vulcain les forge pour un dieu qui blesse, quand il lui plaît, Apollon et Diane elle-même. Nous ne devons pas confondre les Amours représentés dans cette peinture avec le véritable Amour, avec Éros ou Cupidon, tyran de la terre et des cieux, élevé, dit-on, dans une forêt, allaité par une lionne, et dont les victimes ne reçoivent de soulagement que des Muses et du Temps. Les autres, enfants des Nymphes, ne sauraient blesser que de faibles mortels; ils forment une troupe innombrable et riante, qui embelht la cour voluptueuse de Cythérée; mais le fils delà déesse frappe avec audace, de ses traits vainqueurs,