LES DISCIPLES D'EMMAUS
(N° 99 du Catalogue.)
« Et voilà que deux d'entre eux, eiî ce jour, allaient à un bourg nommé Emmaiis, éloigné de Jérusalem, de soixante stades.
0 Et ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé (de la résurrection).
<( Or pendant qu'ils parlaient et qu'ils s'entretenaient ensemble, Jésus, lui-même, s'approcliant, marchait avec eux.
(( Mais leurs yeux étaient fermés et ils ne le reconnaissaient point...
« Et ils approchaient du bourg où ils se rendaient, et il feignait d'aller plus loin.
« Mais ils le forcèrent de s'arrêter, disaut : « Demeurez avec nous ; « car le soir avance et le jour est déjà sur son déclin. » Et il entra avec eux ;
<( Et étant avec eux à table, il prit le pain, le bénit; et l'ayant rompu, il le leur donna.
« Dans ce moment leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut de devant leurs yeux. »
La lecture des livres sacrés n'est pas assez commune en France pour qu'il soit superflu d'en rappeler les passages, oii sont puisés les sujets de tableaux; peut-être cependant n'y avait-il pas, pour une composition de Paul Véronèse, un urgent besoin de se reporter au texte saint, que le peintre n'a sans doute pas étudié de fort près.
L'amour de la couleur locale n'a jamais passionné ce grand artiste, et si les convenances du lieu et du sujet n'ont pas été traitées ici avec la même désinvolture que dans les Noces de Cana^ Paul Véronèse a ici encore donné libre carrière à son imagination.
Dans un vestibule, orné de colonnes cannelées, le Christ, assisdevant une table enlre les deux disciples, lève les yeux au ciel et bénit le pain ; derrière le Christ, trois domestiques apportent des plats. Paul Véronèse est là avec une partie de sa famille. A droite, sa femme, debout, tient un pelit enfant dans ses bras. Deux de ses (ils sont près d'elle; l'un paraît vouloir se cacher derrière son manteau, tandis que l'autre, agenouillé, cherche à retenir dans ses mains un petit chien espagnol. Deux petites filles, vêtues de damas, jouent devant la table avec un gros chien. Dans le fond à gauche, on aperçoit une ville et la campagne, et dans l'éloignement, le Christ et les deux pèlerins qui cheminent et s'eutretiennent, ainsi que le raconte l'évangile que nous avons cité.
Si Véronèse traite assez légèrement son sujet, il est une chose qu'il respecte infiniment, nous voulons dire : la peinture. Le brocart est exécuté de maîtresse façon, tous ces pompeux accessoires montrent les tons les plus fins et les plus justes, les figures harmonieusement groupées ressortent dans leurs tous clairs avec une puissance merveilleuse et sans jamais se nuire les unes aux autres, une lumineuse atmosphère les enveloppe et suffirait à donner un air de fête à ces banquets sans cesse répétés, qui se succèdent sous le pinceau du maître, tous plus magnifiques, plus pompeux, les unsque les autres.
UBRARY
LODOVICO CARRACCl