LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS
(N° 139 du Catalogue.)
Louis Carrache était l'aîné d'Annibal et d'Auguste Carrache, ses cousins germains ; il fonda avec eux l'école célèbre qui porte leur nom, et fut leur maître et leur initiateur dans cette voie nouvelle de l'éclectisme dans les arts. Il \isita successivement Venise, Florence, Parme, JVlantoue, et étudia les ouvrages du Titien, de Paul Veronèse, d'André del Sarto, de Jules Romain et du Corrège. Un sentiment de prédilection le porta à imiter surtout ce dernier. Moins animé que les deux autres Carrache, il suppléa par la grâce à l'enthousiasme absent.
Il est peu de peintres qui aient moins promis et qui aient plus tenu que Louis Carrache. Le Fontana, son maître à Bologne, et le Tintoret, qui dirigea ses études à Venise, lui conseillèrent de renoncera la peinture, jugeant qu'il n'y obtiendrait jamais de succès : ses condisciples mêmes ne l'appelaient jamais, par raillerie, que le Bœuf^ à cause de la lenteur de sou esprit, et il était, parmi eux, montré au doigt. Tels furent les débuts d'un artiste qui devait régénérer lapeinture en Itahe, et exercer pendant plus d'un siècle, tant en Italie qu'en France, une influence prédominante, une véritable maîtrise. Son génie nous est sympathique, car il est fait de raison et de modération. Le Poussin semble être sorti de son académie. Après le faux goût et l'exagération des écoles qui ont précédé la leur, le sage éclectisme des Carrache était un immense progrès. C'était le retour à la raison, à la nature, que Louis cherchait en tout ; mal-
i"G LODOVICO CAKRACCI.
heureusement le talent de ce peintre n'avait point d'envergure, il craignait l'idéal, comme un écueil contre lequel la plus grande partie de ses contemporains a\'aient échoué.
Avant de passer à Texamen du tableau que nous avons fait reproduire, nous donnerons aux lecteurs l'appréciation d'un célèbre peintre anglais, pour qui sans doute l'école bolonaise n'avait encore perdu aucun de ses prestiges, appréciation qui nous paraîtra maintenant bien bizarre, surtout dans la comparaison de Titien et de Louis Carraclie.
Reynolds regarde ce dernier maître comme un modèle dans le style. « C'est le peintre, dit-il, qui, dans ses meilleurs ouvrages, semble approcher le plus de la perfection dans cette partie. Ses jours et ses ombres, larges sans afTectation ; la simphcité de son coloris qu'il ménage avec intelligence, sans distraire les regards de l'objet dont ils sont occupés; l'eftet imposant du demi-jour répandu sur toutes ses productions, conviennent mieux, selon moi, aux sujets graves et majestueux que ce brillant, plus que factice, de la lumière du soleil, dont le Titien a éclairé ses ouvrages, n
La Madone, dont nous donnons la reproduction, n'est pas une des œuvres les pins remarquables du maître, mais elle tient une place très-honorable parmi les plus précieux tableaux du Louvre. Elle réunit au grand caractère de dessin, famillier à l'école des Carraclie, la grâce exquise du Corrège. L'enfant Jésus, dont la tlgnre est admirable pour le charme du pinceau et la beauté du coloris, semble emprunté au grand peintre lombard et l'on ne peut rien voir de plus gracieux que la tête de la Vierge.
Le maître de TAlbane, du Guide et du Dominiquin, plus célèbre, il est vrai, par ses élèves et son école que par ses peintures, n'est donc pas trop mal représenté dans notre Musée national. On peut y étudier son genre, fait d'étude consciencieuse, de sagesse et de modération. Sa renommée qui fut immense, s'est fort éclipsée, et , déjà au dix-huitième siècle, elle ne paraissait guère se maintenir, car cette peinture de la Vierge et r enfant Jésus ne fut payée par Louis XV au prince de Carignau, avec son pendant par Schedone, que la somme de 800 livres.
LA MEUGli ET l'EiMAINT JÉblb.
OF THE mmsiTY OFILUHOIS
ANNIBALE CARRACCI