‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 78 sur 89 · APOLLON ET DAPHNÉ · texte numérisé non relu

APOLLON ET DAPHNÉ

(N" 14 du Catalogue.)

Quand, sous les ombrages de l'Arcadie, un berger disait sa plainte amoureuse, il cherchait jusque dans les cieux des \iclimes de l'amour, pour consoler sa douleur par l'exemple de leurs infortunes. Nisa repousse son pasteur fidèle, elle paye sa tendresse de mépris et d'affronts, mais ce jeune dieu, dont la lumière et la beauté rayonnent sur la terre du haut du firmament, ce dieu n'a-t-il pas, lui aussi, soupiré en ^ain ? Le radieux Phœbus a connu les tourments d'un amour dédaigné : comment Damon trouverait-il insupportable un semblable destin?

C'est l'auteur des Métamorphoses^ c'est l'ingénieux Ovide qui nous conte la mésaventure d'Apollon. Vainqueur du serpent Python, il plaisanta sans ménagement l'Amour sur l'usage qu'il faisait de son arc. Le dieu de Gnide, dans son ressentiment, tira de son carquois deux flèches, dont les blessures produisaient des résultats entièrement opposés. L'une faisait naître tous les feux de l'amour dans le cœur qu'elle blessait. Le pouvoir de l'autre, au contraire, était d'inspirer une insurmontable antipathie. Il lança ce dernier trait dans le sein de Daphné et décocha l'autre dans celui d'Apollon.

i96 FRANCESCO ALBANI-

Telle est la fable que l'Albane a retracée dans ce joli tableau. Apollon, éperdument épris de cette nymphe, fille, selon quelques mythologues, du fleuve Pénée, et, selon d'autres, du fleuve Ladon, a vainement tenté de la fléchir parla peinture de sa passion. Elle est restée également insensible à la douceur de ses accents et aux charmes de sa figure. Enfin, un jour, pour se dérober à ses persécutions, elle s'enfuit. Apollon la poursuit, elle cherche h se réfugier dans les bras de son père, et lorsque le dieu est près de l'atteindre, elle est tout à coup changée en laurier.

Albane a choisi le moment où Daphné fuit Apollon. Dans sa course rapide, elle regarde avec inquiétude derrière elle. Le dieu vole sur ses traces; il est près de l'atteindre, sa tête charmante est aussi expressive qu'éloquente. Il semble lui dire : Pourquoi me fuyez-vous? Un dieu est-il donc indigne de vous plaire?

Dans le haut du tableau, on aperçoit l'Amour planant sur un nuage, contemplant avec une joie maligne l'effet de sa vengeance et s'applaudissant de l'état où il a réduit son ennemi.

Composition, expression, exécution, tout est admirable, tout est parfait dans ce charmant tableau. Il serait désirable cependant que le manteau d'Apollon fût moins volumineux, et que les plis en fussent moins tourmentés ou saccadés. Mais l'habile peintre a répandu tant de grâces et de charmes sur toute cette figure, que l'on oublie facilement la draperie, pour ne s'occuper que de l'expression.

Le paysage est une vaste campagne, arrosée par le fleuve qui donna naissance à Daphné.

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