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BARTOLOMMEO SCHEDONE
LA MISE AU TOMBEAU
(N° 387 du Catalogue.)
La composition de ce tableau offre une singularité remarquable, c'est que la grotte oii le corps du Sauveur va être déposé est éclairée par le haut. Suivant le témoignage des évangélistes, le tombeau du Christ, destiné d'abord par Joseph d'Arimathie à sa propre sépulture, était creusé dans le roc; on y pénétrait par une ouverture latérale, dont la hauteur n'égalait pas la taille d'un homme, et que les disciples fermèrent en y roulant une très-grande pierre. Chateaubriand nous confirme ce témoignage des hvres saints : «Le tombeau que Ton révère encore comme celui de Jésus- Christ est, » dit-il, «pratiqué dans une roche vive; la porte regarde l'Orient et n'a que quatre pieds de haut ; quarante lampes brillent continuellement dans ce saint heu. »
Schedone a sacrifié l'histoire et la vraisemblance à un bel effet de clair-obscur. Nous pourrions lui reprocher encore le défaut de noblesse et la sécheresse de formes de quelques-unes des figures. Mais combien de beautés rachètent ces imperfections ! Peut-on trop admirer la large distribution et la fermeté de la lumière, la chaleur, la transparence, l'harmonie du coloris, le moelleux du pinceau, et même la vivacité des expressions? Joseph d'Arimathie,
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saint Jean et Madeleine vont étendre le corps du Sauveur sur la pierre où il est déjà assis. La gravité religieuse de l'action indique la vénération des disciples pour l'Homme-Dieu. Sur toutes les têtes est empreinte une douleur profonde. Le rayon qui s'introduit au sein de la caverne éclate dans le premier plan sur les chairs livides et bleuâtres du Christ, sur la tunique violette et sur le manteau rouge de saint Jean, sur les vêtements jaunes de Joseph d'Arimathie ; plus loin des reflets mystérieux, de grandes masses de demiteintes laissent distinguer d'un côté Nicodème, de l'autre la Vierge et Salomé ; des ombres bien dégradées régnent tout autour dans les cavités de la tombe. Ainsi, l'artiste, en faisant ressortir, sous une lumière vive, les personnages qui prennent une part directe h Faction, a conformé cependant le ton général de son tableau à la tristesse du sujet. Toutes les teintes sont en harmonie avec celles du corps meurtri de Jésus. Jamais la peinture ne créa des effets mieux appropriés à cette scène lugubre.
Schedone s'était de bonne heure attaché aux pas du Corrège, et il sut dérober à ce maître beaucoup de ses précieuses quahtés. Plus tard, sous Tinfluence de l'école nouvelle des naturahstes, il modifia son style et se fit un genre qui lui est propre. 11 n'est jamais plus digne d'éloges que quand il est vraiment original : son coloris en devient plus vigoureux et plus fin encore. C'est par ce caractère d'originahté que ce Chnst an tombeau est remarquable et est placé parmi les chefs-d'œuvre de l'école d'Italie.
LA MISE AU TOMBEAU
lIBBARY OF THE UN8VERSITV OF ILLINOIS