LE TRIOMPHE DE L'AMOUR
(N" 477 du Catalogue.)
C'est aux persécutions que subit le Dominiquin, après l'achèvement de ses fresques à Saint-André délia Yalle, que nous devons ce joli tableau. Parler du Dominiquin, n'est-ce point parler de persécutions ? La ^ie de cet artiste fut une des plus douloureuses que connaisse l'histoire des arts : elle n'a été qu'une longue souffrance, qu'une pénible résignation. Quand il eut vu ses admirables fresques sur le point d'être grattées et retouchées par Lanfranc, et que son rival eut réussi à lui retirer toutes ses commandes, Zampieri renonça pour un temps à la peinture et chercha d'autres travaux. Puis l'art le reprit; mais, abandonnant ses grandes compositions, il se Hvra tout entier à des travaux de chevalet, à des paysages, à des peintures mythologiques. Celui que l'envie et la haine de ses rivaux ne cessèrent de poursuivre un seul moment, se consolait de ses longues souffrances en peignant le Triomphe de r Amour.
Nous ne trouverons pas dans cet ouvrage ces quahtés maîtresses, qui, malgré l'influence pernicieuse de son temps et de son école, le rangent parmi les grands peintres ; nous n'aurons pas un exemple de ce sentiment qui le \enge de toutes ses faiblesses et de ses
208 DOMENIGO ZAMPIERI, DIT LE DOiMINIQUIN.
fautes, mais nous verrons jusqu'où peuvent aller la délicatesse et la grâce ingénieuse de son esprit.
Dans ce tableau charmant, l'Amour semble sortir à peine du berceau ; il est assis sur un petit char de forme antique. Des rubans lui servent à diriger le vol de deux colombes, altelées à ce char, et ce dieu, qui ne fait que de naître, courbe déjà sous le joug le symbole de l'innocence. Son arc est dans sa main droite. Deux petits génies planent à ses côtés ; ils cueillent des fleurs à la guirlande qui sert de cadre à cette petite scène, et les effeuillent sur la tête de l'Amour.
Cette figure est charmante : les formes en sont divines, les chairs sont d'une fraîcheur admirable. En général, ce tableau est d'un fini précieux. La manière dont les colombes sont placées est ingénieuse, mais elles semblent tirer péniblement ce char. On souffre de la fatigue qu'elles éprouvent. Pourquoi cette contrainte? Ce char est celui d'un enfant; il porte le dieu de l'inconstance, tout ce qui lui obéit ne doit-il pas être léger comme lui ?
La guirlande de fleurs dont ce tableau est entouré n'appartient pas au Dominiquin, elle est de Daniel Seghers, l'élève de Breughel de Velours et l'un des premiers peintres de fleurs de son siècle. 11 entra jeune dans Tordre des jésuites, et, son noviciat terminé, reprit ses pinceaux. Ses mœurs étaient douces comme son caractère. La culture des fleurs était sa passion favorite. Il créait ainsi lui-même les modèles que son pinceau rendait avec tant de vérité. Personne ne donna un plus \'if incarnat à la rose, une blancheur plus éclatante au lis, et n'imita mieux la fraîcheur que leur donne la rosée.
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