‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 84 sur 89 · A. ÏURGHI, DIT ALEXANDRE VÉRONÈSE · texte numérisé non relu

A. ÏURGHI, DIT ALEXANDRE VÉRONÈSE

s'est regardé plutôt comme poëte que comme historien, a rapproché clans sa composition deux moments distincts : celui de la mort de sou héros et celui du trépas de la reiue : il a pensé a^ec raison qu'on pouvait dans un tableau héroïque, comme dans un poëme, sacrifier la fîdéhté de l'histoire à l'efFet^ et ne s'est proposé d'autre but que celui d'émouvoir l'âme du spectateur. La scène qu'il a représentée est doublement intéressante, et fait d'autant plus d'impression que la toile montre de la profondeur, et que les groupes ont le rehef de la nature. Cependant celte belle œuvre n'est pas exempte de défauts. C'en est un grand, sans doute, que de n'avoir point tiré parti du heu où la scène se passa. L'imagination de l'artiste peut, daus le genre héroïque, rapprocher les instants, créer des incidents, multiplier les épisodes; mais elle doit se conformer aux données essentielles qui tendent à caractériser le sujet. L'aspect des grottes sépulcrales de l'Egypte eût donné à l'action la teinte sombre et lugubre qui lui manque ; il eût banni un coloris briUaut, mais déplacé dans cette circonstance, et eût disposé naturellement l'âme du spectateur à s'attendrir. L'exactitude du costume eût aussi concouru à l'intérêt, et l'on pardonne difficilement à l'artiste de l'avoir néghgée.

La figure d'Antoine n'est pas heureusement dessinée : il n'y a pas de grandeur dans les contours ; et l'attitude du soldat qui soutient la tete inanimée du triumvir est sans expression et sans noblesse. On trouve plus d'âme dans la physionomie de quelquesunes des femmes, dans celle de Cléopâtre et celle de Proculéius ; mais, en général, le mérite de ce tableau, que l'on peut regarder comme une des plus belles œuvres du maître, tient plus à la beauté de l'exécution qu'à la profondeur de la pensée.

OF THE UNIVERSITY OF ILLINOIS

SALVAÏOR ROSA

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