‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 85 sur 89 · PAYSAGE · texte numérisé non relu

PAYSAGE

(N" 345 du Catalogue.)

L'aspect de ce paysage est sévère; il y a quelque chose de sauvage et de terrible dans cette combinaison de lignes et d'effets. On ne sait quelle horreur secrète s'empare de l'âme, quand on a longtemps arrêté ses regards sur ce heu désolé. Ces épais nuages, cette austérité de ton, répandue sur tous les détails du sujet, ces troncs d'arbres dépouillés et secs, semblent, d'après le goût du temps, devoir décorer le théâtre d'un grand crime. Car c'est ainsi que, jusqu'aux temps modernes, le paysage était compris; ce ne pouvait être qu'un décor, que la scène de quelque action héroïque ou galante ; la nature a été créée pour l'homme : le paysage doit l'être aussi.

Salvator Rosa ne pouvait méconnaître cette règle, et nous voyons en effet se dessiner sur la pointe d'un rocher les silhouettes de trois hommes armés, leur piques se dressent sur le ciel, leurs casques et leurs cuirasses polies brillent aux rayons de cette rare lumière^ qui a été jetée au centre du paysage, moins pour l'éclairer que pour donner plus d'horreur aux sombres masses de rochers qu'elle n'atteint pas. Sont-cedes soldats? Avons-nous affaire à des brigands? Est-une emuscade militaire ou un guet-apens ? On ne sait ; mais sans doute nous allons être témoin de quelque égorgement? Eh ! mon Dieu ! en effet.

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nous ne nous trompions pas, la malheureuse victime tombe dans l'abîme. C'est, si nous ne faisons erreur, quelque canard sauvage. M. Lavallée, qui croit avoir reconnu un héron, M. Lavallée, secrétaire perpétuel de la Société philotechnique et membre de plusieurs académies savantes, s'en indigne. C'était bien la peine, s'écrie-t-il, de nous avoir montré ce ciel sombre, ces rochers affreux et cette (( végétation infernale, qu'on croirait transplantée des bords de l'Acliéron» , pour nous faire assister à la mort d'un oiseau !

Salvator était donc bien eu avance sur son siècle, pour qu'eu pleine Restauration cette critique pût encore se faire entendre? Le paysage historique a été fort longtemps seul admis en Italie et en France, on laissait à la Hollande l'amour de la nature pour la nature même. Salvator était un novateur, et aux Néerlandais mêmes il apportait un progrès. Non content dépeindre la nature qu'il choisissait de préférence pittoresque et sauvage, non content de la peindre, sans y entasser des monuments en ruine et la remplir d'événements historiques, il savait en interpréter l'esprit, l'âme pour ainsi dire, et répandre aussi sur elle, dans leur grandeur et leur tristesse, les pensées elles passions qui l'agitaient. Salvator fut le premier romantique, mais ce fait, admis par tous, ne conduit pas devant ses tableaux nos paysagistes modernes, et arrête peu d'artistes devant le Paysage dans les .C'est pourtant un des meilleurs du maître, et, eu

dehors de ce caractère subhme et de cette tristesse amère qui parle si vivement à l'âme, il se recommande par une touche libre et ferme, une admirable entente des larges oppositions du clair et de l'obscur.

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