‹ Chefs-d'Œuvre de peinture au Musée du Louvre ... Ecole italienneChapitre 9 sur 89 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

Elle faisait loi, et Cennino Cennini (florissait en 1437) en fixa, dans sonLibro delt Arte (1), la méthode et les procédés.

Les temps étaient favorables aux progrès artistiques. Au quatorzième siècle, la société chrétienne et féodale est pleinement organisée et, à travers des guerres sans nombre, la paix sociale est assurée. Les richesses se reforment de toutes parts, et avec les richesses viennent le luxe et ses recherches exquises. Nulle part en Europe la civilisation n'était aussi florissante, aussi avancée qu'en Italie, et ce beau pays allait devenir la terre classique des arts. Les familles riches et puissantes y abondaient ; elles cherchaient à dominer sur leurs concitoyens non plus par les armes, mais par l'influence. Dans chacun des petits Etats et des villes libres, qui s'étaient formés et élevés de toutes parts sur le sol italien, se trouvaient des émules de Périclès qui cherchaient à asservir leur patrie en l'embellissant. De puissantes corporations, dont l'esprit de corps ne peut être compris au siècle où nous sommes, mettaient leur orgueil à la décoration de leurs édifices communs. L'aristocratie, l'église^, la bourgeoisie luttaient de splendeur et faisaient à l'envi appel aux artistes ; de tous les points de l'Italie allaient surgir des écoles de peinture.

Florence cependant conservera longtemps encore la suprématie des arts. C'est chez elle, que jusqu'au quinzième siècle, les progrès les plus remarquables s'accomplissent, c'est d'elle que sortent les chefs d'école et les réformateurs. Les destinées de son école se confondent, pour ainsi dire, avec celles de la Renaissance. C'est ainsi que le monument le plus important de la peinture, dans cette époque d'enfantement laborieux, se re- (1) Traduit par V. Mottez. Librairie Renouard, 1858.

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trouve au Campo-Santo de Pise. Sur les murs de ce cimetière célèbre, Andréa Orcagna (1308 7-1368) et son frère Bernard, après Giotto, Buffamalco et Simone Memmi, peignent en des fresques émouvantes la Danse des morts, le Jugement dernier, l'Enfer, le Paradis, tout un cycle curieux des idées du siècle sur les suprêmes destinées de l'homme.

Le Campo-Sanlo est l'œuvre capitale des giottesques et résume dans sa plus haute et sa plus énergique expression le mouvement artistique de cette école. Ce mouvement consiste surtout, nous l'avons vu, dans la recherche de la nature et dans l'émancipation de la pensée personnelle du peintre. Cette pensée était religieuse, et les temps voulaient qu'elle prît une forme symbolique. Mais les splendides effloraisons de la société chrétienne, en cette phase de jeunesse et d'espérance, ne comportaient pas la continuation du symbolisme terrible des Byzantins ; la peinture était devenue l'interprète des tendresses religieuses.

Fra Angelico de Fiesole (1387-1455) laisse s'épancher son âme tendre et ardente dans des œuvres d'un goût délicat, d'un sentiment exquis, d'une pureté idéale. L'extrême sérénité de ses madones sur fond d'or a pour nous un charme pénétrant. Ce sont des peintures faciles dont la pensée ne semble point profonde, et pourtant, si l'on concentre un peu son attention sur ces œuvres émues et naïves, il s'éveille en vous comme un sentiment de paix éternelle et de céleste béatitude.

C'est que la foi de ces peintres mystiques était de celles qui soulèvent les montagnes ! les ardeurs de leurs convictions sont incroyables. 11 nous faut, pour en donner l'idée, raconter un trait de Fra Angelico. Un jour que tout le couvent était au

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réfectoire, il n'apparaît pas à sa place accoutumée ; on attend un moment, puis on s'inquiète et l'on va heurter à sa porte. Après avoir frappé en vain, on entre, et l'on trouve le Beato dans sa cellule, prosterné à terre dans une sorte d'extase, les yeux baignés de larmes, et sanglotant devant un Christ en croix qu'il avait commencé de peindre.

Comment les œuvres de tels hommes eussent-elles pu rester froides et inanimées ! Beato Angeliconefutcependantpas, parmi les maîtres primitifs, celui qui sut donner le plus d'expression à ses figures; cet honneur était réservé à un autre, à un maître, mort jeune et plein de gloire, dont la courte et brillante existence semble, au ciel de la Renaissance, le passage d'un météore.

Masaccio (1401-1443), en effet, fut un des génies les plus remarquables decette époque. Il est, par son talent, presque le contemporain de Raphaël, et Mengs n'hésite pas aie placer au premier rang de ceux qui ouvrirent la voie aux grands maîtres du quinzième siècle. « L'expression de ses têtes est si vraie, dit-il, que les âmes y sont aussi bien dépeintes que les corps. »

C'est dans les fresques de l'église des Carmes à Florence et de l'église Saint-Clément à Rome qu'on peut juger du mérite de Masaccio. De ces peintures date véritablement l'art moderne, car si Giotto en eut le sentiment et sut aller vers lui, Masaccio le premier put l'atteindre. Le premier, il donna au corps humain sa forme correcte et, sans s'arrêter à un contour vrai et pur, il modela avec une justesse qui donne la vie. Ce fut pourtant dans l'expression des têtes que se concentrèrent tous ses efforts, et, non content de copier la nature, il sut ennoblir ses modèles et leur prêter cette beauté idéale qui provoquera des emprunts de Raphaël lui-même. Il faut cependant.

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