‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 67 sur 117 · ACTE ï, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE I

Àu malheur des vaincus donnait toujours ses pleurs,

Et nourrissait ainsi d’éternelles douleurs.

Mais hier, quand elle sut qu’on avait pris journée,

Et qu’c-nfin la bataille allait être donnée,

Une soudaine joie éclatant sur son front...

SABINE

Ah ! que je crains, Julie, un changement si prompt. Hier, dans sa belle humeur, elle entretint Yalère;

Pour ce rival, sans doute, elle quitte mon frère :

Son esprit, ébranlé par les objets présents,

Ne trouve point d’absent aimable après deux ans.

Mais excusez l’ardeur d’une amour fraternelle ;

Le soin que j’ai de lui me fait tout craindre d’elle;

Je forme des soupçons d’un trop léger sujet.

Près d’un jour si funeste on change peu d’objet.

Les âmes rarement sont de nouveau blessées;

Et dans un si grand trouble on a d’antres pensées :

Mais on n’a pas aussi de si doux entretiens,

Ni de contentements qui soient pareils aux siens.

JULIE

Les causes, comme à vous, m’en semblent fort obscures Je ne me satisfais d’aucunes conjectures.

C’est assez de constance en un si grand danger Que de le voir, l’attendre, et ne point s’affliger ;

Mais certes c’en est trop d’aller jusqu’à la joie.

SABINE

Voyez qu’un bon génie à propos nous l’envoie.

Essayez sur ce point à la faire parler,

Elle vous aime assez pour ne vous rien celer.

HORACB

Je vous laisse.

(A Camille qui entre.)

Ma sœur, entretenez Julie f J’ai honte de montrer tant de mélancolie.

Et mon cœur, accablé de mille déplaisirs,.

Cherche la solitude à cacher ses soupirs.

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