‹ Chefs-d'œuvre de Pierre CorneilleChapitre 68 sur 117 · CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

CAMILLE, JULIE

CAMILLE

Qu’elle a tort de vouloir que je vous entretienne : Croit-elle ma douleur moins vive que la sienne,

Et que, plus insensible à de si grands malheurs,

A mes tristes discours je mêle moins de pleurs?

De pareilles frayeurs mon âme est alarmée ;

Comme elle je perdrai dans l’une et l’autre armée.

Je verrai mon amant, mon plus unique bien,

Mourir pour son pays ou détruire le mien ;

Et cet objet d’amour devenir, pour ma peine,

Digne de mes soupirs ou digne de ma haine.

Hélas !

JULIE

Elle est pourtant plus à plaindre que vous : On peut changer d’amant, mais non changer d’époux. Oubliez Curiace, et recevez Valère.

Vous ne tremblerez plus pour le parti contraire.

Vous serez toute nôtre, et votre esprit remis N’aura plus rien à perdre au camp des ennemis.

CAMILLE

Donnez-moi des conseils qui soient plus légitimes,

Et plaignez mes malheurs sans m’ordonner des crimes.

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