ACTE I, SCÈNE I. iOQk
HORATIO, Gravement.
Qu'en augurer ? Que dire ? Où donc est le lien Entre cette ombre et nous? Je ne discerne rien. Un malheur plane-t-il sur la chose publique ?
MARGELLUS.
Qui sait? Rasseyons-nous.
Ut reprenneot place sur le banc.
A ce propos, explique Et dis-nous, si tu peux, d'où vient Tempressement Que l'on met à poursuivre un si vaste armement? Pourquoi sur nos remparts ces gardes assidues Et ces bouches de bronze à la hâte fondues?
Pourquoi, dans tous nos ports convertis en chantiers. Ne voit-on que calfats, marins et charpentiers? Le jour n a plus de nuit , la semaine de fête : C'est un travail fiévreux qui jamais ne s'arrête... Saurais-tu par hasard où tendent ces apprêts? A quels événements il faut nous tenir prêts ?
HORATIO
Voici quel est, je crois, le bruit le plus plausible. Celui dont nous venons de voir Tombre irascible. Notre ancien roi reçut, on le sait, un défi D'un fat présomptueux et d'orgueil tout bouffi : J'ai nommé Fortimbras de Norwége. Or, j'atteste Que notre Hamlet avait bras vaillant et main preste : Il tua l'insolent, qui de ce coup perdit Avec sa vie encore un royaume en dédit.
En effet, un contrat paraphé de justice
f70 HAMLET.
Et qui fiit par héraut publié dans la lice.
Portait expressément que y vaiocu , Fortimbi^is Au roi de Danemark transmettait ses États ; Que , vainqueur au contraire , il aurait en partage Un fief du sol danois égal à tout son gage.
Après sa mort, Hamlet, en vertu du traité, Fit main basse aussitôt sur la principauté ; Et là semblait devoir prendre fin une histoire Dont le pays entier a gardé la mémoire , Quand notre droit s*est vu tout à coup contesté. Le jeune Fortimbras, ainsi déshérité, Et dont facilement on devine la rage, Prétendrait, en effet, ressaisir l'héritage Bien perdu par son père et par nous détenu.
Dans sa bouillante audace, on le dit parvenu A rassembler un corps de hardis mercenaires, Bandits sans feu ni lieu , déterminés sicaires , Dignes exécuteurs de plans désespérés.
Gomme il est bon qu*à tout nous soyons préparés. C'est là, je le crois bien, la cause initiale Du vaste accroissement de forces qu'on signale , De ces remparts armés, de ces gardes de nuit. De ces apprêts enfin poussés à si grand bruit.
BERNARDO
C'est cela; plus de doute. Oui, la guerre est prochaine, Et ce conflit — son œuvre — est ce qui nous ramène Cette figure armée, altière du vieux roi.
HORATIO
Ces faits surnaturels ont d'un mortel effroi