ACTE I, SCÈNE IV. IW
Et r orgie à présent avec ses saturnales
De cette cour si bien forme les mœurs royales ,
Que, du nord à Touest, du sud à Torient,
Les peuples contre nous vont partout s'écriant,
Et, de dégoût saisis, nous jettent à la tête
De pourceaux avinés la sanglante épithète.
Dès lors Tignominie au front des descendants
Remplace des aïeux les exploits transcendants :
Un seul vice a terni pour toujours notre gloire
Et de la nation déshonoré Thistoire.
L'homme ainsi peut tomber! Quelque bien qu'il soit né,
De quelque pur renom qu'il soit environné ,
De si grandes vertus que soit faite sa vie.
Il suffit d'un écart , d'une funeste envie ,
D'un acte téméraire au grand jour dévoilé ,
Pour qu'à l'instant son nom tout d'honneur constellé,
Rayonnant jusque*là dans sa sphère si haute, Se flétrisse et s'abime en cette unique faute : L'alliage fortuit d'un grain d'impureté Fait voler en éclats l'acier le plus vanté.
Le spectre parait à rcxirémité de l'etplauade. HORÂTIO, irestailUut.
Regardez, monseigneur! le voilà ! c'est lui-même!
Anges du ciel, à moi dans cet instant suprême !
Aa spectre, le regard ardeoimeot fixé sur lui.
Esprit! quel que tu sois, bienheureux ou damné! Que l'haleine des cieux, ou qu'un venl déchaîné De Fenfer t'ait produit! bienfaisant ou nuisible!
SOO UAMLET.
Cette foiTne par qui tu t'es rendu visible M'autorise , me presse à te parler. O roi !
Hamlet! Danois auguste! O père! réponds-moi : Daigne éclairer le doute où mon esprit succombe. Gomment tes os sacrés ont-ils pu dans la tombe Déchirer leur linceul? Pourquoi ce monument, Lourd sépulcre de marbre où, couché saintement, Tu t'étais endormi dans une paix profonde, T'ose-t-il rejeter au sein de notre monde?
Que se passe-t-il donc? Mort, pourquoi reviens-tu, De tes armes de guerre et d'acier revêtu, Contempler de nouveau nos pâles clairs de lune Et rendre la nuit triste encor plus importune? Et nous , pauvres bouffons , jouets de nos terreurs. Pourquoi nous enfermer dans un cercle d'horreurs Dont l'issue est la mort peut-être, ou la démence? Réponds : quel est ton but? Que nous veut ta présence?
HORATIO
Il vous fait signe ; il semble à lui vous appeler : On dirait qu'à vous seul il consent à parler.
MARGELLUS.
Que son appel est doux ! . . • Mais dans un lieu plus sombre Il veut vous attirer. Ne suivez pas cette ombre !
Non, non, gardez- vous-en.
HAMLET, résolûmeot.
S'il ne dit rien ici