SCÈNE V
Une autre partie plus sombre de l'esplanade.
Entrent HAMLET ET LE SPECTRE.
Je n'irai pas plus loin. Où me veux-tu mener? Parle,
LE SPECTRE
Écoute...
J'attends.
LE SPECTRE
L'heure est près de sonner Qui prescrit mon retour et déjà me réclame Aux gouffres dévorants.
Hélas ! hélas ! pauvre âme !
LE SPECTRE
Ne me plains pas , mais suis avec recueillement Ce que je vais t'apprendre.
Oh! parle, et saintement
Tu seras obéi.
LE SPECTRE
De cette obéissance , Quand tu connaîtras tout, j'attendrai ma vengeance.
Juste Dieu !
LE SPECTRE
De ton père, Hamlet, je suis Tesprit.
Condamné pour un temps, il m'est ainsi prescrit D'errer la nuit dans Tombre ; et, le jour, dans la flamme Je jeûne et je gémis jusqu'à l'heure où mon âme. Teinte encor des noirceurs du vice originel , Épurée , affranchie , aura gagné le ciel.
Ah ! si de mes tourments , si du lieu redoutable Où le péché s'expie , un tableau véritable Venait te révéler l'intraduisible horreur !
Tu sentirais le sang se figer dans ton coeur , Tes yeux fuir de ta tête , ainsi que deux étoiles , Quand d'un ciel nuageux elles percent les voiles, Et tes cheveux flottants soudain se hérisser Droits ainsi que ces dards que l'on voit se dresser Au dos des porcs-épics ! . . . Mais, sphères éternelles! Vos secrets sont fermés aux oreilles charnelles... mon fils! si chez toi brûle encor quelque amour Pour l'être infortuné de qui tu tiens le jour, Écoute , écoute !
Ciel!