‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 123 sur 238 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Une autre partie plus sombre de l'esplanade.

Entrent HAMLET ET LE SPECTRE.

Je n'irai pas plus loin. Où me veux-tu mener? Parle,

LE SPECTRE

Écoute...

J'attends.

LE SPECTRE

L'heure est près de sonner Qui prescrit mon retour et déjà me réclame Aux gouffres dévorants.

Hélas ! hélas ! pauvre âme !

LE SPECTRE

Ne me plains pas , mais suis avec recueillement Ce que je vais t'apprendre.

Oh! parle, et saintement

Tu seras obéi.

LE SPECTRE

De cette obéissance , Quand tu connaîtras tout, j'attendrai ma vengeance.

Juste Dieu !

LE SPECTRE

De ton père, Hamlet, je suis Tesprit.

Condamné pour un temps, il m'est ainsi prescrit D'errer la nuit dans Tombre ; et, le jour, dans la flamme Je jeûne et je gémis jusqu'à l'heure où mon âme. Teinte encor des noirceurs du vice originel , Épurée , affranchie , aura gagné le ciel.

Ah ! si de mes tourments , si du lieu redoutable Où le péché s'expie , un tableau véritable Venait te révéler l'intraduisible horreur !

Tu sentirais le sang se figer dans ton coeur , Tes yeux fuir de ta tête , ainsi que deux étoiles , Quand d'un ciel nuageux elles percent les voiles, Et tes cheveux flottants soudain se hérisser Droits ainsi que ces dards que l'on voit se dresser Au dos des porcs-épics ! . . . Mais, sphères éternelles! Vos secrets sont fermés aux oreilles charnelles... mon fils! si chez toi brûle encor quelque amour Pour l'être infortuné de qui tu tiens le jour, Écoute , écoute !

Ciel!

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