ACTE 11, SCÈNE I
Longtemps il a gardé cette étrange attitude , Sans que même il parût voir mon inquiétude ; Ensuite , secouant légèrement mon bras , Hochant la tète ainsi
Faisant le mouvement.
trois fois de haut en bas, Il a poussé soudain , vaincu par la souffrance, Un soupir si cruel, fin de toute espérance, Que j'ai cru que sa vie allait s'en exhaler Et son âme du corps vers le ciel s'envoler.
Enfin, il m'a lâchée Et, la tête tournée Yevs la place où l'effroi me tenait enchaînée , Il s'est mis vers la porte à marcher, sans avoir Pour se guider besoin apparemment de voir.
Puisque en sortant ses yeux dardaient toujours leur flamme Dans mes yeux, me troublant jusqùes au fond de l'âme.
POLONIUS, in«|iirc.
Courons, courons, ma fille, en avertir le roi.
A part.
Pur état d'amoureux, j'en réponds sur ma foi. L'amour n'a jamais pris un caractère intense , Sans qu'on vît s'y mêler un peu d'extravagance ; Et, d'ailleurs, ici-bas quelle est la passion
Qui cause plus de trouble et d'exaltation?
A sa 611e.
Mais n'as-tu pas été peut-être un peu sévère Pour lui , ma fille ?
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Oh! non. J'ai seulement, mon père, Ainsi que vos désirs m'en traçaient le devoir , Repoussé toute lettre en cessant de le voir.
POLONIUS, triomphant.
Je m'en doutais ! Parbleu, maintenant tout s'explique. S'il est fou, tes rig[ueurs en sont la cause unique. Je pensais posséder quelque discernement :
Où diable en cette affaire était mon jugement? J'ai cru qu'il se jouait... qu'il voulait ton naufrage... Ah ! le maudit soupçon !... Le propre de mon âge. Enfant, vois-tu, c'est d'être un peu trop méfiant : Au tien, tout au contraire, on n'est que trop liant. Mais allons chez le roi. Je sens moins d'imprudence A lui tout révéler, qu'à garder le silence.
Ils sortent.