ACTE II, SCÈNE II. 2î
Qu'en effet la Norwége arme et veut diriger Contre les Polonais. Priés de nous charger Pour Votre Majesté de ce royal message
Il remet au roi uo pli cacheté.
Dans lequel le vieux roi demande le passage
A travers vos États du corps norwégien ,
Pareil vœu ne pouvant que concourir au bien
De nos rapports nouveaux, nous osons penser, sire,
Que, tous vos droits gardés, il convient d'y souscrire.
LE ROI
C'est aussi notre avis. Néanmoins, nous lirons Le message à loisir et nous y répondrons.
Nous vous félicitons de la manière habile Dont vous avez rempli ce mandat difficile.
Quittez-nous maintenant; mais nous voulons vous voir Verre en main et dispos au banquet de ce soir.
Sortent Vollimand et Cornélius, accompagoés du reste de la suite. POLONIUS, plein d'importance.
Voilà donc une affaire heureusement vidée.
Discourir maintenant — en eussé-je l'idée — Sur les devoirs du prince et les droits du sujet, Sur la cause immuable amenant pour effet Le jour , la nuit, le temps... ce serait sans prudence Perdre le temps, la nuit, le jour. En conséquence, Puisque le laconisme est le nerf de l'esprit, Et que le bavardage est un travers proscrit, Je serai bref. . .
A la reine , cnvemeut.
Hamlet est fou !
Avec finesse.
Par clairvoyance Je dis fou; mais, au fond, vouloir de la démence Fixer le caractère et préciser comment Elle naît et prend fin, c'est être... fou vraiment. Donc, passons.
LA BEINE.
Plus de faits, et moins de rhétorique.
POLONIUS, confonda.
De rhétorique, moi, madame?... je m'explique : Votre fils est bien fou, voilà la vérité.
Il est vrai, c'est dommage; et sans subtilité C'est bien dommage aussi que ce soit vrai.
Se reprenant avec vivacilr.
J'abjure, Madame , avec horreur cette inepte figure :
Pardonnez-moi. Je vais parler plus simplement. Hamlet est fou : cherchons avec discernement Quelle cause a produit cet effet,... je veux dire Ce méfait, puisqu'ici l'effet peut se décrire Comme un cruel méfait de la cause. Suivez Ma démonstration et, de grâce, inscrivez Sa marche en votre esprit. Je possède une fille, Bien mienne aussi longtemps qu'elle est dans ma famille: Toujours sage et modeste, et prompte à m'écouter,