ACTE II, SCENE II. 2Î
Elle vient, ce matin même , de m'apporter, Sans rouvrir,
MoQtrant une leiire.
ce billet dont j*ai pris connaissance.
Souffrez que je le lise ici sans réticence ; Et j^ose me flatter que ma reine et mon roi Sur cet écrit viendront à penser comme moi.
II lit :
u A Taimable Opbélie, à la belle des belles, u Ange à qui j'ai juré mes amours éternelles!... ^< Reposez, doux aveux, dans son sein virginal! »
Parlaoï.
Madame , il n'est rien là de bien original :
u A Taimable Opbélie, à la belle des belles!... »
Mots usés, et pourtant douceurs toujours nouvelles...
LA REINE, émue.
Se peut-il que mon fils soit Fauteur de ceci?
POLONIUS , frappant sur la lettre.
Oui, madame, et de tout ce que je lis ici.
Reprenant sa lectare.
tt Doutez qu'au ciel l'étoile ait des rayons de flamme ; M Doutez que la vertu soit le flambeau de Tâme ; « Doutez que le soleil donne au monde le jour, « Mais ne doutez jamais, jamais de mon amour. M Je n'ai point le talent des vers, ô mon amie, « J'en ignore la règle et l'art qui les relie : « Mais à quoi bon vouloir rimer péniblement
« Quand le cœur peut tout dire en ce simple serment « Je t'aime, oh ! oui, je t'aime, et je jure, Ophélie, « De ne chérir que toi , tant qu'un souffle de vie » Me restera ! »
ParUni.
Signé...
Montrant le billet à la reine.
Voyez plutôt : « Hamlet. »
Sccoaani la tête.
Qu'en dites-vous , madame ? Est-il assez complet Ce billet que ma fille en son obéissance M'a remis? Mais déjà j'avais eu connaissance Dans ses moindres détails du roman que voilà.
LE BOI
Ta fille j quel accueil fait-elle à tout cela ?
POLONIUS, avec gravité.
Que pensez-vous de moi ?
LE BOJ| souriant.
Ce que chacun en pense :
Que nul , en fait d'honneur , de tact , ne te devance.
P O L O N I U s y s'inclinant.
Merci. Mais quand j'ai vu cet amoureux essor, — Et je puis attester que je n'avais encor Entendu nul aveu des lèvres de ma fille, Que déjà ce coup d'œil par où, dît-on, je brille M'avait tout révélé — Sire, qu'eussiez- vous dit.