ACTE 11, SGÉiSE II
Et la reine avec vous, si, muet, interdit, Réduit au sot emploi d'album ou de pupitre , J'avais complaisamment souffert que le chapitre De ce roman se lût, sans arrêt, jusqu'au bout? Mais vous me connaissez. Expéditif en tout.
Sachant , quand il le faut, m'armer d'un front sévère. J'ai dit : « Le prince Hamiet est hors de votre sphère , M Ma fille ; un tel amour ne doit pas exister. » Sans m'obliger deux fois à le lui répéter, Ophélie, en enfant faite à l'obéissance, S'est soumise, et pour mieux éviter la présence Du prince, est demeurée avec soin à l'écart , Toute lettre d'Hamlet, tout envoi de sa part Strictement repoussés. Sans détour oratoire, J'arrive au dénoûment, sur ce, de mon histoire. Aussitôt qu'il a vu son espoir renversé , Voici par quoi le prince a promptement passé : Tristesse, abattement* dégoût, inappétence.
Insomnie et délire, et puis enfin... démence! D'où suit que l'amour seul a causé le malheur Qui nous a tous ici plongés dans la douleur.
LE BOI,ùIa reioe.
Un semblable roman vous paraît-il possible ?
LA REINE
D'après de tels détails, il me semble admissible.
POLONIUS, piqué, au roi.
Quand m'est-ii arrivé, je voudrais le savoir,
D*articuler ua fait où cbacan ne pût voir Briller la vérité ?
LE BOI, l'apaisant.
Jamais, je dois le dire.
POLOMIUS y avec chaleur, monlrant sa icte, pois tes épaalei
Ordonnez que ceci tombe de cela , sire , S'il en est autrement. Oui, je suis entêté Dans ma poursuite ardente après la vérité , Et j'irais, quand m'y pousse un intérêt sincère, Au besoin la chercher dans les flancs de la terre.
Mon cher, ta bonne foi ne fait pas question ; Mais il faut une preuve à toute assertion :
Prouve-moi donc la tienne en deux mots, je te prie.
POLONIUS
C'est facile. Écoutez. Dans cette galerie Le prince vient souvent se promener...
LA BEINE.
C'est vrai.
POLONIUS
Eh bien , la fois prochaine où je l'y trouverai, Je veux faire à ses yeux apparaître Ophélie ;
Au roi.
Puis, vous et moi, derrière une tapisserie.
Nous le surveillerons. Si bientôt son amour