ACTE II, SCENE II. t
Et, bien qu'il soit admis que la conception A toujours eu du ciel la bénédiction, Ne vous y fiez pas. Veillez sur votre fille.
POLONIUS, Âpart.
Ma fille encore ! Eh , quoi! c'est ainsi qu'il l'habille?... Mais il est évident qu'il ne m'a point remis : Un marchand de poisson ! Pour le coup, j'en frémis ; Sa cervelle est...
Avec un sourire complaitanl.
Mais ça, dans ma jeunesse.
Au temps où je cédais à cette douce ivresse , L'amour ne m'a-t-il pas dérobé la raison Maintes fois, comme à lui?... Pourtant, la guérison A suivi...
Au prince,, en désignant son livre.
J'interromps une aimable lecture?
Des mots, des mots, des mots. Rien de plus, je vous jure.
POLONIUS
Mais de quoi s'agit-il, cependant, monseigneur?
Entre qui?
POLONIUS
Dans ce livre.
Ah! fort bien. Sur l'honneur,
Je crois que la satire y sent la calomnie.
L'anteur ne dit-il pas, en forçant Tironie,
Que chez un homme âgé les cheveux sont tout gris ,
La figure ridée, et que les yeux flétris
Répandent des flots d*ambre , ainsi qu'on voit la gonime
Couler d'un vieux prunier ; puis enfin qu^au bonhomme
Il reste moins d'esprit encor que de jarret?
Mon Dieu ! peut-être au fond ce satii*ique an*ét
Ne fait-il que répondre à ma propre pensée ;
Mais jamais, cher monsieur, je ne Teusse énoncée
En ce langage indigne et sans ménagement.
Vous-même, vous auriez mon âge assurément,
Si vous pouviez gravir, semblable à Técre visse,
A reculons la pente où la vieillesse glisse.
POLONIUS , déconcerté, à pari.
Il divague , c'est sûr. . . mais ce qu'il dit est clair.
Aa prince.
Il VOUS faudrait, je crois, monseigneur, changer d'air.
HAMLET, brusquement.
Dans la tombe ?
POLONIUS, afTeciani de rire.
Ah ! parfait !
A part.
Sur tout, réponse prête.
Tout bon sens n*a donc pas délogé de sa tête ? Après cela , ces fous ! On est fort interdit Parfois de leur raison. Ainsi que je l'ai dit.