ACTE II, SCÈNE II
ROSENCRANTZ.
Mais on dit qu'il se fait vertueux, le vieux monde.
Le jug[ement dernier sur sa tête alors gronde ! . . . Non, tu railles. Parlons d'un fait plus personnel. Le Destin me parait envers vous bien cruel :
Pour quel grief vient-il en prison vous conduire?
GUILDENSTERN
En prison^ monseigneur?
HAMLET, tranquillemcDl.
Je n'ai fait que traduire Le nom de Danemark.
ROSENCRANTZ.
Mais Funivers aussi Est donc une prison ?
Eh ! qui ne sait ceci?
Oui, parbleu! je ne vois dans sa circonférence Que le sombre pourtour d'une prison immense : Caveaux, donjons, cachots s'y trouvent à foison ; Mais notre Danemark est la pire prison.
ROSENCRANTZ.
Permettez-nous d'avoir un sentiment contraire.
Libre à vous. Chacun juge en quoi le mal diffère
240 HàMLET.
Du bien, en consultant ses instincts et ses goûts : Le Danemark n'est point une prison pour vous ; Mais pour moi c'en est une.
ROSENCRANTZ.
11 faut, ne vous déplaise, Que votre ambition y soit donc mal à Taise, Pour qu'à l'étroit s'y trouve à ce point votre cœur.
Tu crois cela, mon cher? Complète est ton erreur. Une coque de noix serait tout mon empire.
En mes rêves que rien ne saurait circonscrire , Je me dirais encor roi de l'immensité ,
Amèrcmenl.
Si de pensers fiévreux je n'étais point hanté!
GUILDENSTEBN.
Ces rêves justement sont l'ambition même :
C'est de l'ambition la natiu*e suprême D'être l'ombre d'un rêve.
Et le rêve, qu'est-il?
Une ombre aussi, je pense?
flOSENGBANTZ.
Oui ; rien donc de plus subtil :
Comme l'ambition : elle est l'ombre d'une ombre.
D'où l'on peut arguer, sans se montrer trop sombre.