ACTE II, SCÈNE II
Attends... D'abord Pyrrhus en son ignominie :
DëcUmaiii.
« Animé des instincts du tigre d'Hyrcanie,
tt Ceint d'une armure noire, emblème trop complet
<c De la nuit que dépasse en noirceur son projet,
u A peine hors des flancs du cheval fatidique ,
« P.yrrhus fait éclater sa rage frénétique.
« Il s'élance, et bientôt, sinistre, repoussant,
tf Des pieds jusqu'à la tête il est baigné de sang,
u Sur sa route il massacre et le fils et le père ,
« I/enfance et la vieillesse , et la vierge et la mère ;
u Ilion, qui n'est plus qu'un vaste embrasement,
" Assiste agonisante à cet égorgement ;
u Et Pyrrhus marche encor dans le sang, dans les flammes,
u Estimant qu'ils sont vains tous ces meurtres infâmes ,
M S'il n'y joint un dernier, un plus noir attentat!
« Son regard plein de feu, jetant le rouge éclat
« De Tescarboucle, au loin va chercher sa victime
« Dans l'auguste Priam... »
Parlant au comédien.
Passe au récit du crime :
A ton tour maintenant.
POLONIUS, avec enthousiasme.
Morceau bien enlevé , Monseigneur! Quel débit savamment observé!
LE COMÉDIEN, déclamaut.
u Soudain Pyrrhus tressaille et pousse un cri de rage « Il aperçoit Priam. Le vieux roi, dont ni Tâge,
« Ni les destins craels n^ont pa dompter le cœur, .
« S'eflbrce, en évoquant son antique valeur,
tf De repousser les Grecs ; mais sa trop lourde épée ,
« Qui vacille en sa main d'impuissance frappée,
a Retombe sans effet. Pyn*hus court droit sur lui;
a Son glaive en s' abattant aussitôt a relui :
« Trop furieux , le coup mal dirigé dévie ; '
« Mais le débile aïeul, déjà presque sans vie,
tt Pris dans le tourbillon de ce glaive fumant,
tt Comme déraciné , tombe sans mouvement !
« De sa chute Ilion saignante, inanimée,
« A ressenti le choc : son enceinte enflammée,
« Ébranlée en entier du faite aux fondements ,
« Croule avec un fracas semblable aux grondements
« Du tonnerre. Pyrrhus, que dans sa boucherie
« Rien n'arrêtait , s'émeut ; le fer dont sa furie
u Pressait les coups, — ce fer sous lequel oscillait
« La tète de Priam dans sa blancheur de lait —
« Reste immobile en l'air : son audace abattue,
« On le dirait changé tout à coup en statue !
« Mais ainsi qu'on peut voir, quand l'orage est formé,
tt Les nuages stagnants, le ciel inanimé,
« Les vents hardis sans voix , et la terre inquiète
tt Dans un morne silence attendre la tempête ,
tt Puis un éclair subit serpenter dans les cieux
tf Et l'ouragan bondir en élans furieux;
« De même, après un temps d'arrêt involontaire ,
u Pyrrhus a retrouvé sa haine et sa colère.
tt Non ! jamais le marteau des cyclopes puissants,
M Retombant sur l'enclume à coups retentissants