‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 148 sur 238 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Attends... D'abord Pyrrhus en son ignominie :

DëcUmaiii.

« Animé des instincts du tigre d'Hyrcanie,

tt Ceint d'une armure noire, emblème trop complet

<c De la nuit que dépasse en noirceur son projet,

u A peine hors des flancs du cheval fatidique ,

« P.yrrhus fait éclater sa rage frénétique.

« Il s'élance, et bientôt, sinistre, repoussant,

tf Des pieds jusqu'à la tête il est baigné de sang,

u Sur sa route il massacre et le fils et le père ,

« I/enfance et la vieillesse , et la vierge et la mère ;

u Ilion, qui n'est plus qu'un vaste embrasement,

" Assiste agonisante à cet égorgement ;

u Et Pyrrhus marche encor dans le sang, dans les flammes,

u Estimant qu'ils sont vains tous ces meurtres infâmes ,

M S'il n'y joint un dernier, un plus noir attentat!

« Son regard plein de feu, jetant le rouge éclat

« De Tescarboucle, au loin va chercher sa victime

« Dans l'auguste Priam... »

Parlant au comédien.

Passe au récit du crime :

A ton tour maintenant.

POLONIUS, avec enthousiasme.

Morceau bien enlevé , Monseigneur! Quel débit savamment observé!

LE COMÉDIEN, déclamaut.

u Soudain Pyrrhus tressaille et pousse un cri de rage « Il aperçoit Priam. Le vieux roi, dont ni Tâge,

« Ni les destins craels n^ont pa dompter le cœur, .

« S'eflbrce, en évoquant son antique valeur,

tf De repousser les Grecs ; mais sa trop lourde épée ,

« Qui vacille en sa main d'impuissance frappée,

a Retombe sans effet. Pyn*hus court droit sur lui;

a Son glaive en s' abattant aussitôt a relui :

« Trop furieux , le coup mal dirigé dévie ; '

« Mais le débile aïeul, déjà presque sans vie,

tt Pris dans le tourbillon de ce glaive fumant,

tt Comme déraciné , tombe sans mouvement !

« De sa chute Ilion saignante, inanimée,

« A ressenti le choc : son enceinte enflammée,

« Ébranlée en entier du faite aux fondements ,

« Croule avec un fracas semblable aux grondements

« Du tonnerre. Pyrrhus, que dans sa boucherie

« Rien n'arrêtait , s'émeut ; le fer dont sa furie

u Pressait les coups, — ce fer sous lequel oscillait

« La tète de Priam dans sa blancheur de lait —

« Reste immobile en l'air : son audace abattue,

« On le dirait changé tout à coup en statue !

« Mais ainsi qu'on peut voir, quand l'orage est formé,

tt Les nuages stagnants, le ciel inanimé,

« Les vents hardis sans voix , et la terre inquiète

tt Dans un morne silence attendre la tempête ,

tt Puis un éclair subit serpenter dans les cieux

tf Et l'ouragan bondir en élans furieux;

« De même, après un temps d'arrêt involontaire ,

u Pyrrhus a retrouvé sa haine et sa colère.

tt Non ! jamais le marteau des cyclopes puissants,

M Retombant sur l'enclume à coups retentissants

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