‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 149 sur 238 · ACTE II, SCÈNE II. Î · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. Î

u Pour forger du dieu Mars rarinure impénétrable, « Ne frappa, comme alors de son fer exécrable tt Pyrrhus frappa Priam ! . . . Arrière , cache-toi , « Fortune aux yeux bandés, sans justice et sans loi ! u Et vous, dieux immortels, assemblés en concile, u Détruisez à jamais sa puissance imbécile ; « De sa roue arrachez les rayons orgueilleux , « Le cercle étincelant, Tor massif des moyeux ; tt Précipitez enfin la déesse cruelle « Des sommets de FOlympe en la nuit éternelle ! »

POLONIUS, sentencieusement.

Trop long !

HAMLET, vivement.

Faisons 4e tondre alors chez le barbier, Comme votre menton.

A part , au comédien.

Parbleu ! c*est singulier :

U lui faut une gigue, une chanson obscène.

Ou sinon, il s^endort... Allons, reprends la scène. Voici venir Hécube...

LE COMÉDIEN, dëcUmant.

u Ah ! quiconque eût pu voir tt A ce moment Hécube, en proie au désespoir, « Affolée... n

Affolée?

POLONIUSy obséquieai.

Excellent : u Affolée ! »

LE COMÉDIEN, reprenant.

u Errer seule au hasard, pieds nus, échevelée,

u Combattant par ses pleurs les morsures du feu ;

i( Sur sa tête argentée , un chiffon vil , au lieu

u Du diadème ; aux flancs — ces flancs sacrés de reine

« Si souvent fécondés, et les voilant à peine, —

" Quelque étoffe grossière ; — un tel spectacle, ô ciel !

u Oui, quiconque Teût vu, d'un courroux plein de fiel

« Eût maudit le Destin ; et si les dieux eux-mêmes,

u A moins qu'ils ne soient sourds à ces douleurs suprêmes,

u Avaient pu recueillir le cri désespéré

u Qui soudain s'échappa de son cœur ulcéré,

u Quand elle eut aperçu la figure sanglante

u De son époux, gisant livide, pantelante,

u Et Pyrrhus sur ce corps , inénarrable horreur !

« Sans relâche exerçant son aveugle fureur '

u A coup sûr, un tel cri d'une âme agonisante

i( Eût fait choir sur la terre une larme cuisante

« Des yeux de tous les Dieux ! . . . »

POLONIUS , interrompant y en montrant le comédien.

Voyez ! il a pâli ; Et son œil maintenant est de larmes rempli :

Assez, de grâce...

HAMLET, avec bonté.

Bien , tu nous diras le reste Un autre jour.

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