ACTE II, SCÈNE II
A Polonius.
Veillez, — j'y tiens, je vous l'atteste — A ce que ces acteurs soient dignement traités : Ou'ils soient comblés de soins et d'égards répétés ; Rendez hommage en eux à ce bel art scénique, Des mœurs de tous les temps la vivante chronique ; Oardez-vous bien surtout de les blesser : pour vous Mieux vaudrait un tombeau sans nom que leur courroux.
POLONIUS
Leur traitement sera conforme à leur mérite , Oui, prince, j'en réponds.
IIAMLET.
Morbleu ! je vous invite A faire beaucoup mieux. Eh ! s'il fallait vraiment Que chacun ici-bas reçût le traitement Qu'il mérite, pour qui pourrait donc la Justice Être équitablement indulgente ou propice ?
Non ! traitez-les plutôt suivant la dignité De votre propre rang, et leur humilité N'en rendra que plus noble encor votre conduite. J'ai dit. Emmenez-les.
Polonius sort avec une partie des acteurs. A ceui qui sont restes.
Mettez- VOUS à leur suite.
Arrêtant le premier comédien, pendant que sortent les derniers acteurs.
Reste , toi.
Le conduisant à Técart.
Je voudrais vous voir jouer demain
Le Meurtre de Gonzague, Est-ce une pièce en main, Mon cher?
LE COMÉDIEN
Oui, Monseigneur, la pièce est toute prête.
HAMLET, le conçédiaot.
A demain, dans ce cas; mais c'est chose secrète.
Le rappelant.
A propos , voudrais-tu dans ce drame insérer Quinze ou vingt vers de moi , que je vais préparer Sur-le-champ ?
LE COMÉDIEN
Nous aurons grand plaisir à les dire.
Bien.
DcsigDant la porte par laquelle est sorti PoIodîiis.
Suis ce personnage et, si tu peux, sans rire
Sort le comédien. A Rosencraiitz et Gutldcnsicrn.
Soyez les bienvenus encor dans Elseneur ; Mais adieu jusqu'au soir, chers amis.
ROSENCBANTZ, smclinant.
Monseigneur l
RoscncraDtz et Guildcnstem sortent.
II A ML ET , les regardant s'cloîgner, avec ironie.
Allez. Je vous connais...
Il est seul. Avec véhémence.
Seul enfin ! . . . Misérable !