ACTE II, SCENE II
Plat valet que je suis ! . . . N'est-il pas incroyable,
N'est-il pas monstrueux qu'eu une fiction
Ce comédien mette autant de passion ,
Et qu'il sache si bien, guidé par son génie,
Combiner de son jeu la savante harmonie,
Qu'il ait les traits défaits, les yeux baignés de pleurs,
L'âme en feu, comme en proie aux tragiques douleurs,
La voix entrecoupée, et que, dans sa personne.
Tout vibre ainsi qu'un luth qui sous la main frissonne?
Et tout cela , pour qui ? Pour Hécube ! pour rien !
Qu'est-ce pour lui qu'Hécube ? Ou, qu'est ce faux Troyen
Pour Hécube, qu'il vienne ainsi pleurer sur elle?
Mais que ferait-il donc si l'angoisse mortelle
Que j'ai là, Tétreignait? Certe, il inonderait
La scène de ses pleurs ; il épouvanterait
La salle des éclats de sa voix formidable ,
Troublerait l'innocent, rendrait fou le coupable^
Confondrait Tignorant, ferait d'émotion
Expirer qui suivrait trop longtemps l'action.
Et moi, blême faquin, valet pétri de boue,
Qui vois ce qu'est l'acteur dans un rôle qu'il joue ,
Je ne sais ni parler ni me redresser, moi.
Quand j^aurais à venger l'assassinat d'un roi !
Ne suis-je donc qu'un lâche? Allons, qui me soufQette?
Qui veut impunément me fendre en deux la tète ?
Qui m'arrache la barbe et m'en fouette le front?
Qui m'insulte?. . . Oh ! je suis patient sous Taffront
J'aurai changé de foie avec la tourterelle ;
Non ! Ce n'est plus du fiel qu'il sécrète et recèle ;
Sinon , n'eussé-je pas avec mes dofgts sanglants