‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 155 sur 238 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Je ne vous ai jamais rien offert.

OPIIÉLIE^ à parr, douloareusement.

Il l'oublie !

A Hamiet.

Veuillez me pardonner : vos présents, les voici. Tous ces chers souvenirs , je puis le dire ici, Empruntaient leur parfum au langage si tendre Qui les accompagna. Je n'ai plus qu'à les rendre Maintenant que je sens ce parfum envolé.

Pour un cœur délicat tout don est annulé , Quand la main qui le fit, autrefois généreuse, Est si dure aujourd'hui.

HAMLET, elacial.

Vous êtes vertueuse...

OPHÉLIE, troublée.

Monseigneur I

De plus, belle.

OPHÉLIE

Oh ! que me dites- vous?

De veiller sur vous-même avec un soin jaloux Pour que votre vertu n'ait jamais pour compagne Votre beauté.

OPHÉLIE

Pourtant la beauté, je crois, gagne

A vivre, Monseigneur, au sein de la vertu?

A d'autres ce dicton trop souvent rebattu.

Non , ma foi ! la beauté , dont on sait la puissance ,

Transforme la vertu bien plus vite en licence.

Que la vertu ne peut, dans son austérité,

Au même niveau qu'elle élever la beauté...

Je vous aimais jadis?

OPHÉLIE

J'en avais la croyance, Hélas !

Ce fiit un tort. Sur ma trop dure essence La vertu veut en vain greffer sa pureté :

Le vieux tronc lui résiste en sa rugosité. Je ne vous aimais point.

OPHÉLIE

Plus cruelle est ma peine.

HAMLET, avec Tcb^mence.

Entre dans un couvent!... Où veux-tu que te mène Le beau soin d'engendrer des fous? Je ne me sens Ni pire, ni meilleur que la plupart des gens : Dans mon histoire il est pourtant mainte misère. Telle qu'il eût été trop heureux que ma mère . Ne m'eût jamais conçu! Je suis vindicatif.

Ambitieux ; l'orgueil me ronge jusqu'au vif : D'un signe je pourrais évoquer plus de crimes

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