‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 156 sur 238 · ACTE IH, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCÈNE I

Que tout Tenfer n'en compte au fond de ses abîmes I...

Avec une violence redoabicc.

Hé ! quels motifs ont-ils , des faquins tels que moi , De ramper sur la terre ? Ah ! j'en donne ma foi , Les hommes sont des gueux, oui, des gueux, Ophélie, Et pas un, m'entends-tu, n'est digne qu'on s'y fie. Va-t'en dans un couvent !

Froid et railleur.

Votre père , à propos ,

Où donc est-il ?

OPHÉLIE

Chez lui.

Qu'il s'y tienne en repos Et s'y verrouille alors, afin que sa sottise Nulle part que chez lui ne le ridiculise.

Adieu.

Fausse sortie dHamlel.

OPHÉLIE, levant les yeux au ciel.

Reine des cieux , venez à son secours !

HAMLET , redescendant en scène.

Mais voyons. Prétends-tu te mai'ier toujours?

Le plus clair de ta dot est dans ce privilège :

Que , même blanche et pure autant que glace ou neige ,

La calomnie est là, sûre de te noiricir :

Va-t'en donc au couvent ! Ou bien , si ton désir

Veut quand même un mari, choisis un imbécile^

Les gens d'esprit sachant trop bien qu'il est facile

Aux femmes de changer tout homme en monstre. Adieu

Enti'e vite au couvent !

Il fait de nouvraa mine de sortir.

OPHÉLIE

Vous l'entendez , mon Dieu !

Rendez-lui la raison.

HAMLET , revenant auprès d'Ophélie.

Et VOS airs , vos peintures , Vos caquets ! Parlons-en , ô nobles créatures ! Maintien, regard, visage, en vous je crois d'honneur Que tout est mensonger, aussi bien que le cœur. Puis, quand l'homme gémit de votre extravagance. Vous ne vous excusez que sur votre ignorance. Restons-en là. Je veux, ou je vois tout perdu , Que soit le mariage à chacun défendu :

Aux maris... hormis un, j'accorderai leur grâce; Mais, plus d'autres maris !... Au couvent ! c'est ta place.

Hamlet sort brusquement, OPHÉLIE, seule.

Naufrage irréparable ! Oh ! mort dun noble esprit! L'ornement de la cour, le soldat, l'érudit.

Du Danemark la fleur, la royale espérance, Le miroir du bon ton, la suprême élégance , L'élu de tous les cœurs et la fête des yeux , Tout a péri , vaincu par ce mal furieux ! . . . Quand sa voix si longtemps vint enivrer mon âme , Dieu ! faut-il donc que moi , moi , misérable femme.

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