SCÈNE II
Une grande salle du château d'Elseneur. Un théâtre est dressé
dans le fond.
Entrent HAMLET et plusieurs comédiens.
Dites la scène entière , ainsi que je l'ai fait Devant vous, simplement, sans viser à TefFet : Que si vous adoptiez le ton lâche et futile Propre à certains acteurs, le crieur de la ville Pourrait tout aussi bien se charger de mes vers. N'agitez point vos bras sans trêve dans les airs : Que votre jeu soit sobre et votre ardeur, latente ; Même la passion qu'on veut rendre éclatante Doit savoir commander à son emportement Et ne cesser jamais de parler noblement.
Je suis blessé d'entendre un histrion vulgaire, La chevelure au vent, et toujours prêt à braire, Venir s'époumoner, mettre un rôle en lambeaux , Sans souci de son art, ni des vers les plus beaux , Cependant que des mains toute une galerie Battant à l'unisson, l'acclame avec furie.
C'est le fouet qu'il faudrait plutôt à ce butor , Qui hurle ses fureurs plus haut qu'Hérode encor '. Évitez ce travers.
> Dans les anciens mystères reli^eux, Hérode personnifiait toujours la violence et la fureur.