LE PREMIER COMÉDIEN
C'est toute notre tâche.
Que jamais votre effort pourtant ne se relâche ;
Prenez pour conseiller votre discernement,
Et marquez vos effets au coin du jugement.
Que chez vous la parole à Faction unie
Soient toujours Tune et l'autre en parfaite harmonie :
Surtout que la Nature , à jamais sous vos yeux,
Reste votre modèle unique et précieux.
L'exagération, dès qu'elle prédomine,
Ment au but du théâtre, en fausse l'origine ;
De la vie il veut être avant tout le miroir :
Il faut que la vertu soit fière de s'y voir,
Que l'infamie y trouve en tremblant son image,
Et que le caractère inhérent à chaque âge
Y soit peint, y revive avec fidélité.
Que si dans votre jeu, blessant la vérité,
Vous venez â plaisir dénaturer un rôle ,
Vous pourrez bien leurrer l'auditeur bénévole.
Vous lui pourrez ravir un applaudissement ;
Mais le critique est là : contre son sentiment
Et contre son arrêt même une salle entière
Ne saurait prévaloir en semblable matière.
Hélas ! que j'en ai vu de ces pauvres acteurs
A qui ne manquaient point de complaisants flatteurs.
Et dont pourtant la voix , le geste et la tournure
Représentaient si peu l'homme de la nature ,
Qu'on eût dit que, jaloux du chef-d'œuvre de Dieu,