‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 159 sur 238 · LE PREMIER COMÉDIEN · texte numérisé non relu

LE PREMIER COMÉDIEN

C'est toute notre tâche.

Que jamais votre effort pourtant ne se relâche ;

Prenez pour conseiller votre discernement,

Et marquez vos effets au coin du jugement.

Que chez vous la parole à Faction unie

Soient toujours Tune et l'autre en parfaite harmonie :

Surtout que la Nature , à jamais sous vos yeux,

Reste votre modèle unique et précieux.

L'exagération, dès qu'elle prédomine,

Ment au but du théâtre, en fausse l'origine ;

De la vie il veut être avant tout le miroir :

Il faut que la vertu soit fière de s'y voir,

Que l'infamie y trouve en tremblant son image,

Et que le caractère inhérent à chaque âge

Y soit peint, y revive avec fidélité.

Que si dans votre jeu, blessant la vérité,

Vous venez â plaisir dénaturer un rôle ,

Vous pourrez bien leurrer l'auditeur bénévole.

Vous lui pourrez ravir un applaudissement ;

Mais le critique est là : contre son sentiment

Et contre son arrêt même une salle entière

Ne saurait prévaloir en semblable matière.

Hélas ! que j'en ai vu de ces pauvres acteurs

A qui ne manquaient point de complaisants flatteurs.

Et dont pourtant la voix , le geste et la tournure

Représentaient si peu l'homme de la nature ,

Qu'on eût dit que, jaloux du chef-d'œuvre de Dieu,

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