‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 169 sur 238 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

HAMLET, le désignaal du doi(;t.

Voîcî Lucianus , neveu du roi , le drôle !

OPHÉLIE, à Hamlct.

Vous remplacez très-biea le chœur.

Oui, c'est mon rôle.

Je sais mieux faire encor : je pourrais aisément Dire à quoi vous pensez, charmante, en ce moment

OPHÉLIE

Vous êtes bien piquant.

Ma pointe est émoussée, Dès Tinstant que par vous une plainte est poussée.

0PHI<:LIE, souriant.

Ah ! vous voici galant.

Presque autant qu'un mari.

A l'acteur qui eti en scène, et prend des airs rarouches

Veux-tu bien laisser là ce visage ahuri,

Et réciter tout court les vers que tu dois dire

Sans ces contorsions qui ne prêtent qu'à rire :

Parle, allons, meurtrier!... Tiens! j'entends le corbeau

Qui croasse « vengeance ! » en flairant un tombeau !

LUCIANUS, d'un ton tragique.

M liras dispos, poison sûr^ occasion propice,

u Tout avec moi conspire et me sert de complice ! . . . H II est seul ! Nul regard ne m*épie... Aucun bruit!

Tirant un flacon île son sein.

u plante redoutable arrachée à minuit!

« Poison qu^aucun venin n'égale en violence ! « Toi , dont Hécate même a réglé la puissance , a Fais ton œuvre de mort ! Arrête en un instant « Les battements derniers de. ce cœur palpitant. »

Il verse le contenu du flacon dans l'oreille du roi endormi. Celui-ci se redresse codvultivemenl, se débat un moment dans laçooie de la mort, et retombe sans vie sur son banc.

Pendant que parlait Luoianus, Hamlet s'est glissé en rampant jusqu'à sa mère et an roi. Il se relève à demi, le re(;ard ardemment fixé sur eux, la main tendue vers le théâtre.

HAMLET , d'une voix tonnante, coupée parla passion.

Il Tempoisonne !... 11 va lui voler sa couronne !

Le pauvre roi !... Gonzague est le nom qu'on lui donne...

L'histoire est véridique... Un livre italien

En parle tout au long... Attendez ! il faut bien

Que vous voyiez comment ce meurtrier sans âme

— Gonzague assassiné — va lui ravir sa femme !...

OPHÉLIE, se levant effrayée.

Le roi se lève !

Eu effet, le roi est debout, livide, en proie a la plus vive terreur.

H AMLETf bondissant sur ses pieds, et se dressant en face du roi, à le toucher,

avec un rire terrible.

Ah ! ah ! quoi ! pour un feu follet, Sire?

La reine et toute TassistaDCc se sont cgalemeni levées.

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