‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 170 sur 238 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

LA REINE , bas et rapidemeat au roi.

Maïs cachez donc ce visage inquiet.

POLONIUS, impérieusement aux deux acteurs demeurés interdits sur le théAcre.

€essez; éteignez tout; rabattez ces portières.

Les deox rideaux de côté de la scène retombent et se referment. Les lumières du second théâtre s'éteignent. Une obscurité relative euvahil le vrai théâtre.

LE ROI, au comble de Tépouvante, et retrouvant enfin la parole.

Des lumières , ô ciel ! apportez des lumières ! . . • Sortons , sortons d'ici !

Le roi s'élance au dehors, suivi de la reine et de toute la cour. QUELQUES VOIX, en s'éloignant.

Des flambeaux ! des flambeaux !

Tous sont sortis en désordre , moins Hamiet et Horatio. HAMLETf marchant à grands pas, avec une gaieté nerveuse et forcée.

€onnais-tu la chanson dont voici des lambeaux?

u Que le daim blessé fuie et pleure , « Le cerf épargné , lui , se livre à ses ébats :

« Tel pleure, tel rit, suivant Theure ; 4* L*humanité n'a point d'autre lot ici-bas. » Mon cher, je puis narguer désormais la Fortune. Que m'importe, en effet, sa haine ou sa rancune? La scène aura pour moi des succès singuliers : Du jour où, plume au feutre et grands nœuds aux souliers, Je voudrai m'enrôler dans quelque compagnie , Je prétends m'ériger en acteur de génie.

HORATIO, flattant sa fantaisie.

Aux profits, demi-part?

Î9t IIAMI.ET.

Non , part entière , ou rien ' .

Eb quoi ! Danion chéri, ne te vois-tu pas bien? Cet empire sublime Où Jupiter réguait Est tombé par un crime Aux mains d'un vil benêt.

IIOnATIO , tur 1( même lou d'cnjouemenl.

Vous rimeriez aussi.

HAMLET, .c r>pprocl.>Dl ,i*ci..c.uaH<.»auc> lui ui.lM.nl U lOliii.

Je te gage un royaume Sur la réalité de notre cher fantôme !...

Mon bon Horatio , rien ne t'a-t-it frappé ?

HORATIO

Rien ne m'a, Monseigneur, au contraire, échappé.

As-tu VU sur son front cette pâleur livide, Quand le poison en vînt à son oeuvre homicide î

HOHATIO.

Certes !

Eulreol RoseDcranli il GuilJcailern.

HAMLET, culcvoyont, rcprrn«n> »> >llur« f*al<.i<|ue>.

De la musique! Allons! des flageolets*!

* Alluaion i une coutume (lu temps. Les acteurs jouaient alors invariablement en socléli!. Les premiers sujets avaient une part entière , les acteurs secondaires une demi-part dans les profits.

' • The recordera. . Le • recorder ■ n'était point, comme on l'a souvent traduit, une flûte , mais bien un petit flageolet, dont l'embouchure avait la brme d'un bec d'oiseau.

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Si le roi répudie Ainsi la tragédie , Pour lui cherchons ailleurs des plaisirs plus complets.

GUILDENSTERN, çravement.

J'aurais deux ou trois mots, Monseigneur, à vous dire.

Mille, si cela peut mieux encor vous sourire.

GUILDENSTERN

Notre maître, le roi...

Le roi ? comment va-t-il ?

GUILDENSTERN

est dans un état qui n'est point sans péril : Un trouble impétueux, je ne puis vous le taire...

Causé parle vin?

GUILDENSTERN

Non, prince. Par la colère.

11 eût été prudent à vous de requérir

Un médecin. Ces gens font métier de guérir.

Pour moi, si je traitais Sa Majesté Royale,

Vous verriez pire encor que Thumeur qu elle exhale.

GUILDENSTERN

Mettez, mon cher seigneur, de grâce, en vos discours

Un peu plus de logique , avec moins de détours.

M'y voici prêt. Eh bien ?

GDILDENSTERN.

C'est votre auguste mère , Monseigneur, qui, plongée en une peine amère. M'envoie auprès de vous.

HAMLET , avec une politesse iroDÎqae.

Soyez le bienvenu.

GDILDENSTERN.

En vérité ce ton , à dessein contenu ,

N'est pas de bon aloi ; daignez à mon message

Faire, je vous en prie, une réponse sage;

Et de la reine enfin apprenez le désir.

Ou bien renvoyez-nous , si c'est votre plaisir.

Mais, monsieur, je ne puis...

GUILDENSTERN

Que ne peut Votre Altesse ?

HAMLET, froidement railleur.

Quand pâtit mon cerveau, répondre avec sagesse. Que si vous voulez bien vous montrer endurant Envers mon pauvre esprit fantasque, incohérent. Et soufFrir qu'il s'exprime ainsi qu'il peut le faire. Je suis prêt à me rendre aux ordres de ma mère.

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