ACTE m, SCÈNE II
Vous VOUS faites prier ;
Voyons .
GUILDENSTERN
Mais, Monseigneur...
Dois-je vous supplier?
GUILDENSTERN
J'ignore absolument comment il faut s'y prendre.
Essayez donc au moins : je tiens à vous entendre. C'est tout aussi facile, allez, que de mentir.
Lui mettant le flageolet dauK les maint.
Tenez : voici les trous ; vous pouvez les sentir ; Posez les doigts dessus ; mettez ici la bouche ; Et l'instrument, pour peu qu'un souffle égal le touche, Va produire des sons harmonieux et doux.
GUILDENSTERN, regardant piteusement le flageolet.
Jamais je ne pourrai rien tirer de ces trous : Je n'ai point ce talent.
HAMLET, reprenant le flageolet.
Je vois avec surprise Alors jusqu'à quel point votre esprit me méprise. Comment ! vous prétendez jouer de moi : mon cœur Sous vos doigts deviendrait un instrument jaseur;
Vous feriez résonner les cordes de mon âme
De la plus basse note au sommet de la gamme ;
Et ce tube de bois toujours prêt à chanter
Pour peu que lèvre et mains s'y viennent ajuster,
Vous n'en sauriez extraire un son?... Vraiment j'admire
Le sentiment exquis, mon cher, qui vous inspire,
Quand vous vous figurez pouvoir jouer de moi
Beaucoup plus aisément que de ceci, ma foi !
Mais après tout, passons. En quelque mince estime
Que me tienne aujourd'hui votre pensée intime ,
Vous pouvez m'essayer, allez, comme instrument,
Mais en jouer, non pas ! je le dis hardiment.
Il leur tourne le dos, remet le flageolet aux mains du musicien, et va au-devant
de Polonius qui entre.
Ah ! vous voici, monsieur.
POLONIUS
Monseigneur, votre mère Désire vous parler : vous pouvez, je l'espère. Lui faire ce plaisir.
Sans doute.
Le prenant sous le bras et le menant â une fenêtre.
Qu'il est beau , Voyez donc ce nuage !... On dirait un chameau.
POLONIUS, contemplant.
Un chameau? Mais c'est vrai. Son image parfaite !