‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 174 sur 238 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

La chambre du roi à Elscneur.

Entrent LE ROI, ROSENGRANTZ et GUILDENSTERN.

Non ! je ne l'aime point ; et de plus je redoute Sa démence où je vois un péril sur ma route.

Tenez-vous donc tout prêts. Votre commission Est signée, et j'entends que sans rémission Il parte avec vous deux demain pour l'Angleterre : Notre raison nous dit qu'il serait téméraire De laisser plus longtemps le royaume exposé Aux actes dangereux de ce jeune insensé.

GUILDENSTERN

Quand tout un peuple en vous met son espoir suprême , Sire , vous lui devez de veiller sur vous-même : Hamlet doit donc partir.

ROSENGRANTZ.

Il n'est pas un de nous Qui du malheur ne cherche à conjurer les coups : A plus forte raison alors, Sire, est-il juste De veiller nuit et jour sur une vie auguste, Indispensable à tous. Le décès d'un bon roi N'est point la mort d'un seul : le vertige et TefFroi Qu'il jette dans la foule y font mainte victime.

Gomme on voit tomber ceux qui long^ent un abîme. Telle une roue immense, aux rayons infinis Et faits d'êtres vivants, emboîtés, réunis :

Vient-elle à s'écrouler? En sa chute bruyante, Elle entraine aussitôt cette plèbe g^rouillante , Qui, sentant son appui lui manquer tout à coup. Tombe éparse, brisée et mourante du coup.

Jamais un roi n'arrive au bord du fatal g^ouffre Sans que son peuple entier soit en péril et souffre.

LE BOI

Allez, préparez-vous : le danger est pressant; Il s'agit d'enchaîner un démon menaçant Qui va d'un pas trop libre.

ROSENCRAKTZ.

Oui ; c'est ce qu'il faut faire ; Nous vous aiderons, Sire.

Rotencranlz et Guildensiern sorient. Eatre Puloniiis afFairé.

POLONIUS

Il se rend chez sa mère.

Et moi, de mon côté, comme il est convenu, Je vole m'y cacher avant qu'il soit venu.

Sa Majesté, qu'anime une juste colère.

Prétend lui faire entendre un langage sévère ; Mais , vous me l'avez dit et dit fort sagement , Une mère est sujette à l'attendrissement ; Son oreille à son fils s'ouvre avec complaisance. La mienne n'aura point cette lâche indulgence,

Page 1