‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 180 sur 238 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

HAMLETj la forçant de te lever et la cooduisant devant les deux portraits

en pied qai décorent Tappartement.

Contemplez ces portraits : ce sont ceux de deux frères. Énumérez chez l'un que de grâces altières !

Les boucles d'Apollon ! le front du roi des dieux! L'aspect guerrier de Mars , son œil impérieux ! L*élégance de port du messager céleste, Quand son pied s*est posé sur quelque pic agreste ! Un assemblage enfin des dons les plus exquis Où d'apposer son sceau chaque dieu fut requis. Afin qu'en lui la terre eût Tidéal de l'homme!... Vous savez quel il fut et comment on le nomme :

Montrant le portrait.

C'était là votre époux !

Montrant le second portrait.

Cet autre, à son côté.

C'est votre époux : épi que la nielle a gâté, Son contact homicide a fait périr son frère !

Avec furear.

Où donc étaient vos yeux? Quel est-il ce mystère

Qui vous fit déserter un sommet radieux

Pour courir vous plonger dans un marais fangeux?

Oui, quels yeux aviez-vous? Il serait dérisoire

D'imputer votre crime à l'amour. Comment croire

Que les ardeurs du sang soient chez vous de saison.

Croire que le désir prime encor la raison

A votre âge? Et pourtant, quel être raisonnable

Eût jamais pu trahir, oh ! fait abominable 1

Ce mari pour cet autre?... En votre abaissement.

Il faut bien qu'il vous soit resté le sentiment,

Ce sentiment qui seul fait et g^uide notre être, Mais qu'il doit être inerte et près de disparaître ! La démence elle-même en son ég^arement Eût su, montrant encor quelque discernement, Dans son choix n'être pas à ce point insensée ! ' Quel démon vous a donc de la sorte abusée.

Et quel' bandeau funeste abattu sur vos yeux Vous a caché l'horreur de votre acte odieux?... De conscience enfin fussiez-vous dépourvue, Que les yeux sans le tact, le toucher sans la vue, L'oreille sans les mains, ou le seul odorat, A supposer que seul en vous ce sens durât, Vous devait épargner cette chute cynique ! . . . Où donc est ta rougeur, ô pudeur impudique?

Insatiable enfer ! si tu peux allumer De tels feux dans un sang que Tâge eût dû calmer, Ah! que, comme une cire, aux ardeurs de ta flamme De la jeunesse alors se décompose Tâme :

Qu'au gré des passions libre à jamais d'agir, Elle brise tout frein, sans trembler ni rougir. Puisqu'on lui montre en feu jusqu'à la glace même Et la pudeur aux bras de la luxure blême ! . . .

LA REINE, tombant à genoux.

N'en dis point davantage, Hamlet!... Oui, mon regard, En plongeant dans mon cœur, y découvre trop tard Qu'il est tout gangrené , noir de taches profondes Dont rien ne peut laver les souillures immondes.

IIAMLET, avecexaliaiioD.

Se complaire aux sueurs d'un lit incestueux !

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