ACTE m, SCÈNE IV
Croupir dans le fumier d'un amour monstrueux !...
LA REINE, se trainant à set pieds.
Assez ! grâce ! pitié ! Chaque mot qui t'échappe Comme un poignard aigu , mon fils , au cœur me frappe !
HAMLET, au comble de Tezasp^ration.
Un assassin ! un gueux ! un sinistre truand , Aussi lâchement bas que mon père était grand ! Un bouffon qui par terre avisant la couronne, Et croyant, le voleur, n'être vu de personne,. La glissa dans sa poche et se fit ainsi roi !...
LA REINE, cperduc, les mains joio tes.
Assez !
Entre le spectre, majestueui et triste. Il ne sera visible que pour Hamlet.
HAMLET, même ton.
Roi de chiffons et d'oripeaux ! . . .
Il voit le spectre, et tressaillant de terreur.
A moi.
Anges du ciel ! à moi ! Couvrez-moi de votre aile ! .
Au spectre, après uu violent effort sur lui-même.
Oh ! quelle cause ici, chère ombre, te rappelle ?
LA REINE, se levant éperdue en entendant les dernières paroles d'Hamlet.
Mon fils , mon fils est fou 1
HAMLET, au spectre.
Viens-tu nie reprocher Que mes pas incertains ne font que trébucher?
Vieas-tu dire à ton (ils que longtemps recueillie La passion s'éteint ; qu'elle est inaccomplie L'œuvre de ta vengeance , et qu'inexécutés Jusqu'ici sont encor tes ordres redoutés? Oh ! parle !
LE SPECTRE
Oui, tu faiblis ; ta volonté s'émousse.
Alors qu'à me venger un saint devoir te pousse...
Regardant la reine avec attendrisiement.
Mais ta mère , ô mon fils , vois quelle est sa stupeur ! Il faut t'interposer entre elle et sa douleur : Plus le corps est débile , ainsi que chez la femme , Plus déchirants toujours sont les combats de l'âme. Parle-lui, mon Hamlet.
HAMLET, avec effort.
Madame, qu'avez-vous?
LA REINE, au comble de l'ëpoavante.
J'assiste épouvantée à tes désordres fous.
Ton regard, quel objet poursuit-il dans le vide?...
Ta bouche, quels propos tient-elle à Tair fluide?...
Ton âme entière sort par tes yeux égarés !
Tels qu'on voit dans la nuit bondir tout effarés
Des soldats que surprend une alerte subite ,
Tes cheveux où la vie, on le dirait, palpite.
Se sont dressés tout droits ! mon fils bien-aimé !
Sur le courroux bouillant en ton cœur enflammé
Verse à flots le pardon : tant de bien s'en exhale!...