‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 182 sur 238 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Ayec nn redoablement d'effroi.

Que vois-tu donc ?

HAMLET, égaré.

Lui ! lui ! Regardez s'il est pâle !

ciel! rieu qu'à le voir, à l'entendre, un rocher D'une sainte pitié se laisserait toucher ! . . .

Au specire.

Oh ! détourne tes yeux , ou mon âme attendrie

En faiblesse verrait se changer sa furie,

Et j'oublirais peut-être , en pleurant tes douleurs ,

Que l'acte qui m'attend veut du sang, non des pleurs '

LA REINE

Mais à qui parles-tu ?

HAMLET, stapëfait.

Rien ne vous est visible ?

LA REINE

Rien : tout ici pourtant est à mes yeux sensible.

Quoi! n'auriez-vous non plus rien entendu?

LA REINE

Non, rien.

Hormis nos voix.

H A ML ET , éperda et montrant le spectre qni i*éloi(»ne.

Tenez ! là ! là ! Regardez bien ! . . • Sombre et silencieux , il part !•.. C'est lui : mon pèrel

318 HâMLET.

Vêtu comme il Tétait de son vivant, ma mère!... Le voici vers la porte ! . . . Il en franchit le seuil !

Le spectre sort.

Disparu !

LA REINE, avec coropassioD.

Vision, mon fils, d'une âme en deuil!

Du seul délire est né ton rêve imaginaire.

Du délire ?

Étendanl son bras.

Mon pouls bat comme à l'ordinaire :

Dans ses pulsations, sentez, il est réglé Gomme le vôtre; aussi, quand je vous ai parlé, N'ai-je pas dit un mot qui trahît la démence. En voulez-vous ençor tenter Texpérience?

Eh bien ! de point en point je vais recommencer. Posez vos questions ; puis veuillez prononcer Si dans ce que je dis la démence respire.

Et si se répéter si bien c'est du délire...

Solennellement.

Mère ! au nom de la grâce, au nom du Dieu vivant, N'allez point vous leurrer du calcul décevant Que c'est ma déraison , non votre horrible faute , Qui parle ; illusion qu'il est bon qu'on vous ôte Et qui ne servirait de l'endroit infecté Qu'à déguiser l'aspect, tandis que l'âcreté Du venin au dedans croîtrait inaperçue.

Oh ! déchirez la trame autour de vous tissuc :

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