‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 183 sur 238 · ACTE 111, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE IV

Confessez-vous au ciel ; abjurez un passé Qui sans le repentir ne peut être effacé ; Et, rendue au devoir, renaissez tout entière Aux vertus dont, hélas! vous avez fait litière...

S'inclinant avec ironie.

Mais , Madame , pardon , puisquMI est entendu , D'après les lois d*un monde au sens moral perdu , Qu'il faut pour ramener à la vertu le vice , Lui demander d'abord pardon du bon office.

LA REINE, suppliante.

Hamlet, tu m'as brisé le cœur en deux. Pitié !

Alors, rejetez-en la honteuse moitié.

Et vivez avec l'autre, apaisée et plus pure!

Bonne nuit !

11 s'éloigne brusquement; puis, reTenani sur ses pas.

Mais, surtout, surtout, je vous adjure, N'entrez point cette nuit au lit de votre époux. Si ce n'est par vertu, trouvez du moins en vous La pudeur d'en vouloir déployer l'apparence : A défaut de l'honneur, vivez dans la décence. L'habitude nous rive à de puissants ressorts Qu'on ne saurait briser sans de virils efforts ; Infâme, dans la fange elle aime à rester fange ; Mais elle sait aussi de démon se faire ange , Quand elle a pour la lutte armé si bien nos cœurs Qu'ils volent au combat sûrs d'en sortir vainqueurs.

Abstenez-vous ce soir : la prochaine abstinence Vous sera plus facile , et puis par sa fréquence L'effort qui vous coûta ne vous semblera rien ; Et, le démon dompté, vous serez tout au bien. Bonne nuit! Si jamais vous sentez que votre âme Voudrait être bénie et du ciel le réclame, A mon tour je pourrai près de vous revenir.

Pour vous prier, ma mère, alors de me bénir.

Montrant le corps de Polonius.

Mon repentir est grand quant à ce bon apôtre ; Mais les cieux ont voulu nous punir l'un par l'autre , Puisqu'ils m'ont aujourd'hui choisi pour l'instrument Involontaire , hélas ! de leur ressentiment.

Je me charge du corps et me tiens responsable Des suites de ce meurtre à jamais regrettable. Bonsoir... Je suis cruel, rien que pour être humain... Un premier mal est fait : le pire est pour demain.

LA REINE, te tordant les mains.

Que dois-je faire, ô ciel?

HAMLET, la contemplant ayec stupeur, et d'une Toix terrible et égarée.

Parbleu ! tout le contraire De ce qu'ici j aidû vous conseiller de faire. Ainsi , courez au lit du monarque aviné ; Pàmez-vous dans les bras de l'inceste damné ; Vous serez la souris avec laquelle il joue :

A sa lèvre fétide en livrant votre joue , Pour prix de sa caresse il faut lui révéler, — Ce que notre entretien vient de vous dévoiler — Que ma démence est feinte et chez moi sert de ruse.

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