ACTE IV, SCÈNE V
Ne craignez nul danger. Un rempart environne La majesté des rois. La trahison peut bien Lui livrer des assauts, mais non l'atteindre en rien. Laerte, d'où vient donc cet acte de démence?... Qu'il parle en paix, Gertrude, et dise ce qu'il pense.
L A E R T E , toujoars menaçant.
Qu'est devenu mon père ?
LE ROI, gravement.
Il est mort.
LA REINE, Tivement.
Mais le roi N'est pour rien, je le jure, en ce malheur.
LE ROI
Tais-toi :
Laisse à ses questions une libre carrière.
L A E RT E , avec un redoublement de violence.
Eh bien, quand est-il mort, et de quelle manière ? Point d'équivoque ici ! Vous n'êtes plus le roi ! Aux enfers l'allégeance ! au noir démon ma foi ! Religion , néant ! Oui , dans ce monde infâme , Peu m'importe la vie, et dans l'autre mon âme ! Advienne que pourra ! J'ai mon père à venger , Et c'est le seul objet auquel je veux songer.
LE ROI, froidement.
Qui donc y met obstacle ?
LAERTE
Oh ! nul n*a la puissance , Fût-ce le monde entier, d'arrêter ma vengeance ; Et quant à mes moyens, s'il faut les définir,
ElcTant le bras d*une façoD menaçante.
Ce bras seul, tel qu*il est, suffit pour en finir.
C'est bien; mais s'ensuit-il que le devoir austère Que peut vous imposer la mort de votre père Doive armer votre bras d'une aveugle fureur î Est-il bien de confondre en une égale horreur Ceux pour qui sa fin est une peine cuisante, Ceux à qui sa mort cause une joie indécente?
LAERTE
Je n'en veux , il est clair, qu'à ses seuls ennemis.
LE ROI
C'est parler comme il faut. Qu'il me soit donc permis De vous les découvrir.
LAERTE, poursuiTant, sans écouter.
Quant à ceux, dont mon père Jusqu'à son dernier souffle eut l'amitié sincère , Comme le pélican, je les voudrais nourrir De mon sang le plus pur, en dussé-je mourir.
LE ROI, avec enthoutia*me.
Je reconnais enfin le noble gentilhomme Et le Laerte vrai que si haut on renomme !