‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 200 sur 238 · ACTE IV, SCENE V, Zkd · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V, Zkd

Va , crpis-le, de tes maux bien loin d'être Fauteur, Je yeux m'en faire ici Tardent consolateur :

Ton esprit revenu de son erreur première Le verra, comme aux yeux se fait voir la lumière.

LES DANOIS, derrière le théâtre.

Oui ! qu'elle entre ! qu'elle entre !

LAERTE , allant vers la porte.

Eh! qu'ont-ils de nouveau?

Il recule ëperda, â la vue d'Ophclie qui entre coiffée, d'une manière fisntasqne, de brins d'herbes et de fleurs, dont elle a également une gerbe à la main; puis, après l'avoir contemplée, éclatant avec désespoir et se frappant violemment le front.

Feux d'enfer que j'ai là, desséchez mon cerveau ! pleurs sept fois salés , de ma vue obscurcie Achevez de bannir la lumière et la vie !

Prenant impétueusement sa sœur dans ses bras.

Mais va! dans la balance où je mets leurs forfaits.

Le plus pesant pour eux des maux qu'ils nous ont faits ,

Le plus cher à payer, ce sera ta folie,

ma rose de mai , ma sœur, mon Ophélie !...

Avec une nouvelle explosion de douleur.

Est-ce donc Dieu qui fauche ainsi comme au hasard La raison de l'enfant et les jours du vieillard?... Elle aimait trop peut-être ?. . . Et ces amours extrêmes Emportent avec eux une part de nous-mêmes...

OPHELIE, sans reconnaître son frère, et chantant d'une voix plaintive.

On l'avait, tête nue, étendu dans sa bière;

Et pour toujours, hélas! hélas! hélas!

On gémissait : des pleurs mouillaient chaque paupière...

350 UAMLET.

S*arrétaot ; puis çaiemenC à Laerie.

Bonjour, mon tourtereau.

LAERTE

Quand tu me parlerais Dans ta pleine raison, quand tu m'adjurerais De ne point déserter le soin de ta vengeance , Tu m'enflammerais moins que ne fait ta démence.

O P H É L I E , toujours à Laerte.

Allons , il faut chanter :

Chantant.

A bas ! à bas ! oui , qu'on le jette à bas !

Parlant.

Le refrain que voilà S'adresse à l'intendant qui , perfide , vola La fille de son maître.

LAERTE

Oh ! qui saurait nous dire Quel sentiment se cache au fond de son délire ?

OPHELIE, prenant dans ton bouquet pour offrir à Laerte.

Voici du romarin ' ; c'est comme souvenir :

Vous savez qu'on en donne aux gens qui vont s'unir.

Prenez cette pensée, emblème des pensées.

LAERTE, prenant les fleurs.

Pensée et souvenance ! En ces fleurs enlacées

* Dans le langage des flears, le romarin signifie en efïet souvenir; aassi était-il autrefois d'usage d'en porter aux noces et aux funérailles.

Page 1