ACTE IV, SCENE VII
Que j*ai d*un empirique acheté récemment ; n suffit d*en toucher la pointe d*une épée, Et mortelle est la lame en ce poison trempée, Quand elle ne ferait que traverser la peau... Hamlet! vil assassin, pour toi c'est le tombeau, Si peu que je t'atteigne !
Admirable mesure , Puisque tout peut finir d'une seule blessure... Mais si le coup manquait? Si ton fer dans son flanc Ne savait point trouver accès jusqu'à son sang? Ce projet échouant, il faut donc par prudence En concerter un autre ici même et d'avance :
Voyons... voyons .. J'y suis. Nos applaudissements Attisant la fureur de vos engagements , Hamlet sera bientôt ruisselant, hors d'haleine : Une coupe^ apprêtée et qu'il prendra sans peine Lui sera par mes soins offerte à ce moment... Qu'il y trempe sa lèvre une fois seulement :
Alors braverait-il ta lame empoisonnée , Nous n'en aurons pas moins tranché sa destinée ! . . . Mais taisons-nous ! On vient. Sachons nous contenir.
Entre la reine, en proie à une profonde ëmotion.
La reine ! . . .
En voyant son ëtat d'agiialion.
En quel état vous vois-je ici venir, Geitrude ?
LA REINE, pleurant.
Ah ! quel malheur ! Je me sens foudroyée !
Laerte ! . . . mon Dieu ! . . . votre sœur s*cst noyée !
LAERTE, avec no cri terrible.
Noyée ! Ophélie ! Où ?
LA REINE
Sur le bord d*un ruisseau.
Un saule tout penché mire au cristal de l'eau Son long feuillage gris. C'est ce lieu solitaire Dont la douce Ophélie aimait Tombreux mystère, Qui le dernier Ta vue , attentive à tresser Une guirlande étrange où venaient s'enlacer L'ortie et la pensée avec la marguerite , La renoncule , et puis de ces fleurs qu'accrédite Auprès de nos bergers leur parfum acre et fort, Et que j'entends souvent nommer doigts d* homme mort. Sa guirlande achevée, elle veut la suspendre Aux branches du vieux saule ; et, croyant mieux s'y prendre' Elle monte, rieuse, au plus prochain rameau.
Que son poids doucement fait ployer jusqu'à l'eau. Soudain la branche cède, entraînant avec elle Le champêtre trophée et l'enfant chaste et belle : Sen vêtement gonflé la soutient un instant ; Et, nouvelle sirène, elle flotte en chantant Des fragments de ballade appris en son enfance, Insensible au danger, oubliant sa souffrance, Et se laissant bercer, comme si Dieu vraiment L'avait créée au sein du liquide élément...
Mais, hélas! tout cela fiit de courte durée, Et sa robe, aussitôt que l'eau l'eut pénétrée,