ACTE V, SCÈNE I
HOBATIO.
Oui. L'on en fait aussi de peau de veau, dit-on.
Veaux et moutons alors sont tous les imbéciles Qui fondent leur org^ueil sur ces titres fragiles. Parlons au fossoyeur.
Il t'approche» avec Horalio, de la fosse.
Pour qui creuses-tu là Cette tombe ?
PREMIER FOSSOYEUR
Pour moi.
Chantant.
Creusez-moi vite un g[rand trou dans la boue ; C'est ce quMl faut, et qu'on m'y laisse seul.
Pour toi? Gomment cela?
A moins qu'étant dedans, tu n'y fondes sans doute Un titre à ce tombeau?
PREMIER FOSSOYEUR
Vous faites fausse route :
Je prétends Toccuper sans me mettre dedans ' .
* Jeu de mots , que nous nous sommes efforcé de rendre intelligible, tout en le traduisant aussi exactement que possible dans sa trivialité. Nous en trouverons un second un peu plus bas. L'auditoire , au temps de Shakespeare, voulait et goûtait singulièrement ces plaisanteries assaisonnées au gros sel, qui pour nous sont des taches dans Tœuvre immortelle du poète.
Qui crois-tu donc payer de ces mots impudents ?
Montrant la fotte.
Un mort, non un vivant, viendra là, je suppose ?
PREMIER FOSSOYEUR
Je gémis de vous voir si mal prendre la cbose ; Mais je dis, dussiez-vous me taxer de retors. Que me mettre dedans , c'est manquer de dehors.
Et quel homme attends-tu?
PREMIER FOSSOYEUR
Moi? Je n'attends point d*homnie.
Ah ! . . . Quelle femme alors ?
PREMIER FOSSOYEUR
Homme ni femme, en somme.
Qu enterreras-tu donc?
PREMIER FOSSOYEUR
Bah ! quelqu'un qui fut bien Femme de son vivant, mais qui, morte, n'est rien. Paix, du reste, à son âme !
HAMLET, à Horaiio.
Écoute un peu ce drôle ,