‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 217 sur 238 · ACTE y, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE y, SCÈNE I

Pour moi, puisqu'il vous faut une réponse claire, Gomme enfant, ou comme homme, on gagne son salaire Ici depuis trente ans.

Bien. Quel temps à pourrir Met un corps?

PREMIER FOSSOYEUR

G*est selon. L'homme qui va mourir, S'il n'est déjà pourri, — c'est que la pourriture, Voyez-vous , est fréquente avant la sépulture , — A chance de durer huit ou neuf ans, par là; Un tanneur, lui, va bien neuf ans.

Pourquoi cela ?

PREMIER FOSSOYEUR

Affaire de métier. Il a la peau tannée

A tel point qu'elle peut résister mainte année

Aux attaques de l'eau qui, je le dis sans peur,

De tout corps dans la fosse est le grand destructeur.

Ramattant l'un des deux crAoet qu'il a déterrés. ^

Tenez ! voyez ce crâne : il a du caractère ;

Voilà bien vingt-trois ans qu'on l'a mis dans la terre.

A qui donc était-il ?

PREMIER FOSSOYEUR

A qui? Qu'en pensez-vous?

Gomment le deviner ?

PREMIER FOSSOYEUR

Au plus bouffon des fous !

Ne m'a-t-il pas un jour, au sortir d'une fête, Vidé tout un flacon de vieux rhin sur la tête ! Le crâne que voici, je vous l'atteste, moi.

Était celui d'Yorick ', le fou du défunt roi.

HAMLET , prenant Tivemenl le crâne des maint du fossoyeur.

Quoi ! la tête d' Yorick !

J'en réponds que c'est elle.

HAMLET, après une contemplation muette de quelques instants.

Hélas ! ce pauvre Yorick ! Ah ! je me le rappelle

Encore, Horatio. Chez cet être vaiUant

Quelle verve infinie et quel esprit briUant !

U m'a pris mille fois, enfant, dans mes g^ambades,

M'emportant en ses bras avec force embrassades j

Et sa vue à présent me cause un tel émoi

Que je me sens saisi de dég^oût et d'effroi :

Ses lèvres s'ouvraient là que ma bouche a baisées !...

Moment de silence. Le fossoyeur sort de la fosse.

Mon pauvre Yorick! où sont tes flèches aig^sées, Tes chansons, ton esprit aux éclairs si joyeux,

' Nous ^sons Yorick de deux syllabes , conformément à la pronon< ciation anglaise.

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