‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 222 sur 238 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

HORATIO

A coup sûr. Poursuivez, Monseigneur.

Tout un combat, mon cher, se livrait dans mon cœur.

Je ne pouvais dormir, et j'étais moins à l'aise

Que le mutin au pied duquel un boulet pèse.

Pourtant, non-seulement je ne faiblissais point

Mais encor je croissais en audace à ce point,

Que j'étais prêt à tout. Puis, vois-tu, quand je pense

Que si souvent le bien naît de notre imprudence ,

Tandis que nos desseins les plus sûrs tournent mal.

Je conclus de ce fait qui paraît anormal

Que Dieu donne, lui seul, forme à nos destinées,

Si bien que nous pensions les avoir façonnées.

HORATIO

Rien n*est aussi certain.

Donc , au moment voulu , Je sortis de ma chambre, et, d'un pas résolu , Malgré l'obscurité, j'atteignis leur cabine.

Ils dormaient. Déployant une ruse féline , Je pus leur enlever leur dépêche sans bruit : Je revins sur mes pas, protégé par la nuit.

Et m'enfermai chez moi. Là, point de vains scrupules , Ni d'hésitations, dans ce cas, ridicules :

Je fis tomber les sceaux du message royal...

Horatio ! C'était un chef-d'œuvre infernal

392 IIAMLET.

De cruauté , de ruse et de scélératesse !

Oui , la lettre ordonnait de façon fort expresse ,

— En disant , il est vrai , le Danemark perdu ,

Et l'Angleterre aussi, mon cher, bien entendu,

S'ils laissaient plus longtemps vivre un pareil vampire ,

Qu'aussitôt au foyer du britannique empire ,

On me tranchât le cou sans tarder un moment ,

Fût-ce pour aiguiser l'homicide instrument !

HORATIO

Que me dites-vous là , prince ?

HAMLET, tirant un papier de son sein et le lui tendant.

Voici la lettre :

Lis4a tout à loisir et sans en rien omettre.

Mais comment m'en tirai-je?

HORATIO

On s y perd, Monseigneur.

IIAMLET.

Au fait du guet-apens, je n'eus point, par bonheur, Bien longtemps à chercher un projet dans ma tête : En m'asseyant déjà mon idée était prête.

Je rédigeai sur l'heure un message nouveau, Écrit tout en bâtarde alignée au cordeau :

Tu le sais, je possède une belle écriture Que je jugeais pour moi presque une flétrissure. Au temps où je croyais que tout homme d'État Devait se faire honneur d'écrire comme un chat ; Mais il faut convenir que, pour mon œuvre à faire,

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