‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 223 sur 238 · ACTE V, SCÈNE II. Z · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II. Z

Ce don me fut au moins d'un secours nécessaire. Et que croîs-tu, dis-moi, qu'à Tinstant j'écrivis?

HORATIO

Je n'en sais vraiment rien, aussi vrai que je vis.

Ma lettre était du roi pour le roi d'Angleterre.

Le bon prince invitait son féal tributaire :

tf S'il formulait le vœu qu'une étroite amitié

« Les unit tout à fait, et non plus à moitié;

M Qu'à la paix ne fût point brusquement arrachée

« La couronne d'épis sur son front attachée ;

« Que... » — Je coupe ici court à mes considérants.

Mais ils m'étaient venus, crois-le bien, par torrents. —

L'invitait, ai-je dit? ordonnait, il faut dire,

Que le monarque anglais , dès qu'il aurait pu lire

Le message danois, en saisit les porteurs,

D'un grand complot d'État reconnus pour fauteurs ,

Et qu'il fit procéder, sans aucune autre enquête

Ni le secours d'un prêtre, à leur trancher la tête.

HORATIO

Ah ! grand Dieu ! mais comment scellâtes-vous ce pli ?

Avec l'aide du ciel cela fut accompli.

Je portais dans ma bourse un cachet de mon père ,

Lequel du sceau danois n'est qu'un autre exemplaire.

Je pris soin de plier ma lettre exactement

Dans la forme qu'avait le premier document :

394 IIAMLET.

J'apposai les cachets et j'inscrivis l'adresse; Puis , je courus g[lisser la lettre avec adresse A sa place , et revins tranquille et rassuré , Sans que rien ne se vit de l'échange opéré.

Le lendemain eut lieu la rencontre nautique Dont je t'ai fait ailleurs le récit pathétique ; Tout ce qui s'ensuivit, tu le connais enfin.

HOBATIO.

Rosencrantz, Guildenstern ! voilà donc leur destin !

Ma conscience est calme , et nul ne doit les plaindre : N'avais-je pas eu d*eux un moment tout à craindre? Leur perte, ils l'ont voulue, et je suis sans remords : Car ils l'ont mérité, les traîtres! s'ils sont morts. Les fous n'auront jamais que des coups en partagée. Jetés entre deux fers acharnés aiu carnage.

HORATIO

Ah ! quel roi !

Tu l'as dit. Il faut donc que je sois Le seul haut justicier de ce pire des rois.

Il a tué mon père ; il a souillé ma mère ; Traîtreusement volé mon droit héréditaire ; Attenté, comme un lâche et dans l'omhre, à mes jours; Et de pareils forfaits je soufirirais le cours? Non ! non ! laisser ce chancre à son œuvre exécrable , Ce serait me montrer plus que lui misérable.

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