‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 87 sur 238 · ACTE V, SCÉISË · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÉISË

Je n'ai que trop vécu... ma carrière est finie ;

Déjà va s'.efFeuiliant l'automne de ma vie...

Tout manque à ma vieillesse : amour, respect, honneur!

Je n'ai pas un ami! J'écoute avec horreur

La voix de tout un peuple ardent à me maudire !

Jusqu'à ces courtisans dont le contraint sourire

Ne recèle que haine et basse trahison !

Âh! j'ai de cette vie assez bu le poison !

Seyton !

SEYTON

Je suis là, sire.

MACBETH

Eh bien! quelles nouvelles?

SEYTON

Ce sont bien les Anglais. Les preuves sont formelles.

MACBETH

Soit ! Je les combattrai jusqu'à ce que les os Me volent en éclats et les chairs en lambeaux. Donne-moi mon armure !

Det serriteurs s'approchent, tenant à la main les difFërentes pièces de son armare. SEYTON, aux serviteurs, les repoussant du geste.

Attendez. Pas encore.

MACBETH, avec exaltation.

Que la cavalerie à l'instant même explore Et batte le pays... Que quiconque aura peur Soit pendu ! . . . Mon armure ! . . .

140 MAGRETH.

Braïquement au mëdecio.

Et la reine, docteur?

LE MÉDECIN

Sire , le corps n'est pas ce qui souffre chez elle , Mais bien l'âme, qu'étreint une angoisse moitelle : Le calme, dirait-on, ne peut plus y régner.

MACBETH

Guéris-la. N'as-tu point le talent de soigner Un esprit gangrené? D'affranchir la mémoire Du chagrin qui sur elle étend une ombre noire? De calmer le cerveau que trouble la terreur Et d'enlever un poids trop pesant pour le cœur? Quel sera pour ces maux ton remède suprême?

LE MÉDECIN

C'est au malade, sire, à s'en guérir lui-même.

MACBETH, avec violence.

Aux chiens ta médecine et ton art, en ce cas!

Aux serviteurs.

Mon armure, vous dis-je; une épée à mon bras!

Les serviteurs s'approchent de nouveau avec les pièces de son aurmare. A Seyton.

A mes ordres, Seyton !

Seyton sort.

Au médecin.

Ces vils thanes, les lâches!

M'abandonnent... Docteur, je veux que tu t'attaches A fouiller dans la plaie , à sonder la tumeur Qui ronge notre Ecosse et lui prend sa vigueur :

Page 1