‹ Chefs-d'œuvre de ShakespeareChapitre 92 sur 238 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

Elle aurait dû mourir un peu plus tard , à l'heure Où tout m'aura quitté... Mais il faut que tout meure : Demain vient, puis demain, puis un autre demain, Jusqu'au dernier inscrit au Livre souverain , Et chaque jour n'a fait sm* la route pierreuse Qu'accélérer nos pas vers la tombe poudreuse ! Flamme, éteins-toi ! La vie est une ombre qui fuit... Un pauvre acteur contraint sur les planches, la nuit. De jouer un instant et puis de disparaître Dans la coulisse!... Elle est moins encore peut-être... Un conte tapageur, sans raison, sans lien, Qu'un idiot débite et qui ne laisse rien !

Entre un «erviiear, qui s'arrête iuierdit et sans voix devant Macbeth.

Qu*e8t-ce encore? Voyons, as-tu perdu la langue? Ou t'entendrai-je enfin débiter ta harangue?

LE SERVITEUR

Ce que mes yeux ont vu, mon gracieux seigneur, J'accourais vous le dire et je n'ose. J'ai peur.

MACBETH

Parle , parle , ou sinon . . .

LE SERVITEUR, effraye.

Posté sur la colline « Soudain j'ai vu le bois de Birnam qui chemine Et vient vers Dunsinane ! . . . Oui ! seigneur , je l'ai vu !

MACBETH, le frappant.

Misérable', tu mens!

IW MACBETH.

LE SERVITEUR

Comment serais- je cru?

Mais je dis vrai, seigneur, je dis vrai, je le jure. Je n'ai pu me tromper. Non, ma vue est trop sûre... A trois milles d'ici c'est bien un bois mouvant.

MACBETH

Tout à l'heure à quelque arbre ou te pendra vivant, Si ton rapport est faux... S'il dit vrai, peu m'importe Que ce soit moi qu'on fasse accrocher de la sorte... Allons ! il faut agir ici résolument :

L'Enfer qui me veut perdre, et me raille et me ment :

« Ne crains rien , a-t-il dit , tant que vers Dunsinane « Bimam ne viendra pas... » Et le démon ricane En voyant la forêt

• Se toiiruant avec furie vers le serviieur.

— Tu l'as dit ! ... la forêt ! — Marcher sur Dunsinane !... Enfer!

Relevant la téle , après une courte défaillancr.

Mais je suis prêt!

Aux armes, et sortons !... D'après ce que l'on conte, Qu'importe que je reste, ou qu'au dehors j'affronte Ces épouvantements et la mort qui les suit?

Je suis las du soleil ! Dans Téternelle nuit Je voudrais qu'avec moi pût s'engloutir le monde 1... Qu'on sonne le tocsin ! Que chacun me seconde ! . . . Déchaine-toi , tempête! Agis, destruction!

Mais on verra du moins comment meurt le lion !

Il sort en brandissant son épée , et suivi de tous les siens.

Page 1