‹ Chefs-d'œuvre de Thomas Corneille: précédés de son éloge historiqueChapitre 13 sur 224 · ACTE I, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. i

Du succès attendu son adresse suivio.

Malgré le sort jaloux, m'a conservé la vie ; Je la dois à ses soins. Mais par quelle riguair Vouloir que je la paie aux dépens de oion cœur?

Ce n*est pas qu'en secret Tardeur d'un si beau zèle Contre ma dureté n'ait combattu poqr elle ; Touché de son amour, confus de son éclat.

Je me suis mille fois reproché d'être ingrat : Mille (ois j'ai rougi de ce que j'ose faire.

Mais mou ingratitude est un mal nécessaire; Et Ton s'eflofce en vain, par d'assidus combats, A disposer d'un cœur qui ne sedonne pas.

PIRITHOUS.

Votre mérite est grand , et peut l'avoir charmée ; Mais, quand elle vous aime,. elle se croit aimée. Ainsi vos vœux d'abord auront flatté sa foi.

Et vous aurez juré...

THÉSÉE

Qui n'eût fait comme moi ?

Pour me suivre, Ariane abandonnoit son père ; Je lui devois la vie; elle avoit de quoi {^aire ; Mon cœur sans passion me laissoit présumer Qu'il prendroit à mon choix l'habitude d'aimer. Par là ce qu'il donnoit à la reconnoissance De l'amour auprès d'elle eut l'entière apparence.

Pour payer ce qu'au sien je voyois être dt\, Mille devoirs... Hélas ! c'est ce qui m'a perdu. Je les rendois d'un air à me tromper moi-même, A croire que déjà ma flamme étoit extrême, ' Lorsqu'un trouble secret me fit apercevoir Que souvent, pour aimer, c*est peu que le vouloir. Phèdre à mes yeux surpris à toute heure exposée...

PIRITHOUS.

Quoi ! la sœur d'Ariane a fait changer Thésée?

THÉSÉE

Oui , je l'aime ; et telle est cette brâlaote ardeur, Qu'il n'est rien qui la puisse arracher de mon cœur. Sa beauté, pour qui seule en secret je soupire. M'a fait voir de l'amour jusqu'où s'étend l'empire; Je l'ai connu par elle , et ne m'en sens charmé Que depuis que je l'aime et que j'en suis aimé.

PIRITHOUS.

Klle vous aime ?

THÉSÉE

Autant que je le puis attendre Dans l'intérêt du sang qu'une sœur lui fait prendre. Comme depuis long-temps l'amitié qui les joint Forme entre elles des nœuds que l'amour ne rompt

point, Elle a quelquefois peine à contraindre son ame

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