ACTE 1, SCÈNE III. i
De laisser sans scrupule agir toute sa flamme; Et voudroit, pour montrer ce qu'elle sent pour moi , Qu'Ariane eût cessé de prétendre à ma foi.
Cependant, pour ôter tonte la défiance Qu'auroit donné le cours de notre intelligence, Naxe a peu de béantes pour qui des soins rendus Ne me semblent coûter quelques soupirs perdus : Cyane, Églé, Mégiste, ont part à cet hommage. Ariane le voit, et n'en prend point d*ombrage; Rien n'alarme son cœur: tant ce que je lui doi Contre ma trahison lui répond de ma foi!
PXRITHOUS.
Ces devoirs partagés ont trop d'indifférence Pour vous faire aisément soupçonner d'inconstance. Mais, quand depuis trois mois vous m'avez attendu , Ne vous déclarant point, qu'avez-vous prétendu ?
THÉSÉE
Flatter l'espoir du roi, donner temps à sa flamme De pouvoir, malgré lui, tyranniser son ame , Gagner Tesprit de Phèdre, et me débarrasser D'un hymen dont peut-être on m'auroit fait presser.
PtRITHOUS.
Mais me voici dans Naxe; et , quoi qu'on puisse foire , Votre infidélité ne sanroit plus se taire. Quel prèteite auriez-vons encore à dtfl^r?
ir> ARIANE.
THÉSÉK.
Je me suis trop contraint, il faut roe déclarer. Quoi que doive Ariane en ressentir de peine.
Il faut lui découvrir que son hymfen pie gène. Et, pour punir mon crime et se venger de moi, La porter, s'il se peut, à faire choix du roi. Vous seul, car de quel front lui confesser moi^niéme Qu'en moi c'est un ingrat , un parjure qu'elle aime ?... Non,vous lui peindrez mieux Tem barras de mon coHir. Parlez; mais gardez bien de lui nommer sa sœur. Savoir qu'une rivale ait mon aqne charmée, La chercher, la trouver dans ^^e sœur aimée.
Ce seroit un supplice, après mou changement, A faire tout oser à son ressentiment.
Ménagez sa douleur pour la rendre plus lente: A vouez-hi i l^mpur» mais, cacbez-lni Tamante. Sur qui que ses soupçons puissent ailleurs tomber, Phèdre à sa défiance est seule à dérober.
piRITHOCrS.
Je tairai ce qu'il faut; mais comme je oondamne Votn; ingrate conduite au regard d'Ariane, N'attendez point de moi que pour vous dégager Je lui parle du feu qui vous porte à changer. C'est un aveu honteux qu'un autre lui peot ftire^ Cependant, mon seoours vous étant néo^fêêvre.